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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

8 avril 2024

Battles. Partie 2. Echanges difficiles avec Daphné.

 

FAUVE

Toutefois, elle le questionna :

-Quels sont tes rapports avec cette traductrice ?

-Elle me tournait autour, tu avais raison. Nous ne nous voyons plus, travaillant par mails.

-Ah !

Elle ne parut pas convaincue et il faillit assez sottement tout avouer d'emblée. Mais qu'y avait-il à avouer ? Ce qu'il vivait avec Eva était malsain pour elle comme pour lui mais ce serait rebutant et incompréhensible pour elle ! Et puis,  elle avait des parents étranges qui le chargeraient violemment s'il était trop explicite.  Leur fille si belle et si sylée avec cet étranger libidineux ! Qu'est ce qu'on pouvait attendre de ces slaves même s'ils étaient éduqués...Paul se sentait l'enjeu de forces violentes, il était manipulé. Écarter Eva suffirait peut-être ? Il ne la vit plus et en effet, Daphne paraissant rassurée, tout sembla aller mieux. Il était actif et bien perçu dans son école de journalisme et toujours bienvenu quand il envoyait un papier à un journal. Et son image publique était intacte. Son soulagement, cependant, fut de brève durée. Son amoureuse anglaise demanda à le voir chez elle. Elle était ulcérée.

-Donc, elle te convient ?

-Mais qui ?

-Qui ? Madame Richardson. Ne nie pas. Tu as une liaison avec elle. Non mais tu l'as vue !

Il ne nia pas, estimant que ce serait maladroit. Daphne, furieuse, le gifla.

-Tu sais comment je l'ai su ? Regarde !

-Qu'est-ce que c'est ?

-Une lettre anonyme !

Paul resta interdit.

-On te l'a envoyée ?

-On l'a glissée sous la porte. Ce doit être elle, cette grosse maligne.

Paul prit la lettre et reconnut le procédé. Enveloppe blanche doublée de rouge. Feuille pliée en quatre. Texte en anglais sorti d'une imprimante. Les détails de sa liaison avec Eva y étaient exposés.

-Ce n'est pas elle. Je ne la vois plus. J'ai rompu il y a quelques semaines. Elle n'aurait pas fait ça.

-Que tu dis !

Daphne s'assit rageuse.

-Moi, je croyais que ton objectif était d'offrir à Pavel Evdon la meilleure traduction possible en langue anglaise d’un de ses plus beaux romans.

-Mais c'est toujours mon projet !

-Et ce que tu as fait avec elle, c'était récréatif ?

Il baissa les yeux. Tout s'envenimait.

-Cette entreprise de traduction était piégée. Je n'avais rien en main et elle non plus. J'ai commis une grave erreur. Une erreur impardonnable. Comme déjà dit, j'ai cessé de la voir.

-Je ne te crois pas.

-Tu devrais car sa famille la cherche. J'ai été contacté par son cousin qui lui avait fourni un logement à Londres. Elle l'a quitté brutalement et il ne sait où la joindre. On la cherche à York aussi. Elle n'y est pas retournée. Et il y a son travail. On devait finir cette traduction chacun de notre côté et s'envoyer nos versions. Je n'ai pas eu la sienne ; elle est sous contrat et ne répond pas à ces courriers professionnels. C'est incompréhensible.

Elle était consternée mais peu attentive. Qu'Eva ait disparu l'indifférait.

-Tu sais ce qui me tue ? C'est que tu prétends défendre les valeurs d'un pays que des porcs ont selon toi saccagé alors que tu adoptes toi-même un comportement plutôt animal...

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8 avril 2024

Battles. Partie 2. Eva disparue, Chloé en colère. Les interrogations de Paul.

-En fait Père a raison.

-En quoi a t'il raison ?

-Tu es un histrion ! En fait, en Ambranie, beaucoup de familles ne souffrent de rien. Ils apprécient le régime en place et tout ce qu'il a fait pour les citoyens : constructions de cités, d'écoles, d’hôpitaux, bon réseau routier...

-Augmentation du budget de l'armée et de la police...

-Ah, nous y revoilà !

-Beaucoup de monde en prison, exécutions sommaires.

-Pour défendre ce point de vue, pour être un dissident crédible, il faudrait peut-être que tu revois ton éthique. Tu as dit m'aimer, tu me bafoues. Cette femme est grotesque. Et puis, à quoi bon cette discussion ? Fais attention, Paul, j'ai des parents puissants qui ne t'aiment pas.

-S'ils peuvent me charger, ils me chargeront. C'est une menace.

-Tu as tout compris.

-Dis-moi, quelles relations Eva Richardson et ta mère ont-elles ?

-Ma mère a juste entendu parler d'elle comme étant une vraie professionnelle ; et elle est ambranienne. Rien de plus. Quoi ?

-Elle est injoignable ; elle a disparu, on dirait.

-Ah ! Tu as de nouveau besoin de ses services ?

-Elle est en danger.

-La belle excuse ! Maintenant, pars. Je te ferai livrer tes affaires.

Il frémit.

-Daphne, non, ne fais pas ça. Il se passe des choses...

-Ah oui, c'est sûr. Tu n'as peut-être pas d'orgueil mais moi, si.

-Mais je t'aime !

-Non.

-Si, quoi que tu en dises.

Elle était fermée et glaciale, loin de l'amoureuse qu'elle avait su être. Il hésita mais préféra la mettre en garde.

-Ta colère est compréhensible ; mais si Eva est menacée, tu peux l'être aussi. On t'a bien inquiétée ?

-La Librairie ? Oui, mais c'est calme maintenant.

-Tant mieux pour toi.

Elle resta sèche.

-Je le laisse à tes grands ennemis !

Puis, elle claqua la porte derrière lui.

 

Lisbeth, qu'il revit, le mit en garde.

-Eva injoignable ? Et Daphné qui ferme sa porte...

-C'est de ma faute.

-Oui, en un sens. Concrètement parlant, tu te mets dans le pétrin. Si Richardson balance sur toi et explique que tu l'as frappée, tu risques d'en avoir pour tes frais. Ce sera sa parole contre la tienne mais imagine qu'un médecin l'épaule ...Et la jeune aristocrate, tu l'as vexée. Sa famille est puissante et mal intentionnée à ton égard. Eh bien, mon ami, coup double !

-Et ce n'est pas tout.

-On t'attaque sur Twitter et Instragram.

-Mes deux livres...

-Et celui que tu as en préparation ! Ferme tes comptes. Pas d'interviews. Cette femme ! Évidemment que c'était un piège mais tu es un sacré coureur de jupon aussi. Et l'Anglaise, attention. Elle t'en veut mais elle est vulnérable aussi.

-Danger.

-Oui, clairement.

Serrant les dents, il se remit au travail pour boucler la traduction et faire une relecture puis changea ses numéros de téléphone et fit changer ses serrures. Il vit un médecin pour se faire prescrire des tranquillisants. Une certaine presse le traitait journellement de menteur et d'imposteur. En Ambranie, il était un auteur interdit et il traduisait un qui l'était. Il était sorti illégalement de son pays, était considéré comme un traître à sa patrie et faisait toujours l'objet d'une demande d'extradition. Londres était une ville tentaculaire où il pouvait facilement disparaître. Il fallait réagir. Il s'inscrivit dans un club de tir et alla s'acheter une arme à feu. Et, se souvenant des propos du chirurgien suédois qui l'avait, pour la seconde fois, opéré du cerveau, il chercha de l'aide. Qui pourrait bien le libérer de l'emprise psychique qu'il subissait et le faisait se retrouver face à diverses images de son ancien tortionnaire ? Cette question devait trouver une réponse.

 

 

8 avril 2024

Battles. Partie 2. Daphné inquiétée.

 

Colin et Lisa s'annonçant, il connut une période de répit. Lisbeth, qui n'était guère bavarde sur sa rupture amoureuse et sa son départ de l’Écosse, se démultiplia, rendant ces deux semaines agréables. Quand les enfants furent repartis, cette même Lisbeth Elle poussa cependant Paul à s'excuser auprès de Daphne et à lui rappeler de bien prendre soin d'elle. Il le fit.

-Je reste choquée, lui dit-elle, et ne veux pas te voir. Mais tu dois être sûre de moi sur un point. Mon père a des idées extrémistes, je ne voulais pas l'admettre mais c'est un fait. Il assiste à de nombreuses réunions avec je ne sais quels groupuscules d'extrême-droite. Il lance des invitations aussi. Tu te souviens ce cavalier blond qui t'avait inquiété dans le Kent. Il est réel. C'est une jeune fasciste. Mon père l'admire.

-Tu sais son nom ?

-Il me l'a dit, il me semble, mais je l'ai oublié. Ceci dit, j'aime et j'admire mon père. Il est beau et très cultivé.

Elle paraissait plus calme et plus nuancée aussi pour ce qui touchait à leur liaison passée mais elle le dérangeait:  elle se sentait trop sûre d'elle, estimant que toute cette affaire était derrière elle.

-C'est dommage, Paul.

-Oui, c'est dommage.

-Tu restes amoureux de moi ?

-Oui, je le suis toujours.

-Et tu restes inquiet pour moi ?

-J'ai des raisons de l'être.

-Tu fais erreur.

-J'aimerais bien.

-Non, Paul, tu t'aveugles ! 

Cependant, il voyait juste car une quinzaine de jours après leur entretien, elle appela en larmes.

-J'ai fait des courses ce matin et suis revenue me garer dans le parking de ma résidence. Je suis sortie de ma voiture et deux jeunes types m'ont agressée, un blond et un brun. J'ai crié, ils voulaient me violer...

-Quelqu'un est intervenu ?

-Oui, une autre voiture est arrivée et un couple en est sorti. Mes agresseurs se sont volatilisés...

-Tu saurais les reconnaître ?

-Oui.

-Précise.

-Le blond avait une trentaine d'années, il portait du cuir noir. L'autre était jeune aussi. Brun, le type oriental. C'est lui qui m'a bloquée contre la voiture. Il essayait, l'autre rigolait.

-Ils parlaient anglais ?

-Oui.

-Accent ambranien ?

-Qu'est-ce que j'en sais ?

-Allemand plutôt ?

-Oui, il me semble.

-Porte plainte.

-Ils n'ont rien fait.

-C'est le parking de ta résidence. Ils n'avaient rien à faire là.

Quelques jours passèrent et il eut de nouveau la jeune fille au téléphone : elle avait peur.

-J'ai croisé le type blond dans la rue.

-Il t'a parlé ?

-Juste regardé.

-C'est celui de la librairie et du parking ; et c'est le cavalier.

-Peut-être. Que va t'il faire ?

-Entrer chez toi.

-Quoi ! Mon appartement est sous alarme.

-Insuffisant.

-J'engage un garde du corps ?

-Tu as l'argent qu'il faut.

-Je m'en occupe. Et toi ?

-Je sais d'où ça vient et je suis armé. D'ailleurs, je reprends même des cours de tir.

-Sérieusement ?

-Oui. En attendant, va habiter ailleurs et ne te déplace pas seule.

-Tu me crées beaucoup d'ennuis.

-Je t'en cause oui. Et ça risque d'empirer. Kalantica va sortir en librairie.

Je suis en exil. Je parle, j'écris. Tu m'étais proche. Protège-toi.

-La traductrice.

-Disparue. Rien dans les faits divers.

-Ta femme ?

-Elle est à Londres et aide des réfugiés. Elle a été persécutée là-bas, elle-aussi. Elle me soutient. Nous avons une relation amicale.

-Je ne suis pas jalouse d'elle. Vous êtes du même pays. Vous avez eu le même traumatisme. Elle te comprend sans doute bien. Mais cette histoire, c'est trop pour moi !

Elle lui donna néanmoins de l'espoir car ils s'appelèrent. Elle était chez elle ; des amis dormaient là et elle avait engagé un garde du corps. Mais depuis qu'elle s'était sentie menacée, elle était sur ses gardes avec lui. Il était vraiment bizarre; elle n'aurait jamais dû s'intéresser à lui.

 

8 avril 2024

Battles. Partie 2. Sortie de Kalantica et attaques multiples.

 

Comme il l'avait prévu, les attaques redoublèrent d'autant que la traduction de Kalantica fut sur le marché. Ce ne fut pas le livre qu'on cibla, mais lui, Paul. Et malheureusement, par son comportement, il prêta le flanc. Lui qui se montrait toujours courtois avec ses collègues de l'école de journalisme répondit fort mal à l'un d'eux qui lui faisait une remarque inoffensive sur la recevabilité de la littérature ambranienne en Angleterre.

-Les Anglais sont souvent pleins de préjugés ! Pour aborder une œuvre pareille, ce serait bien qu'ils s'en défassent ! Ce sera difficile pour beaucoup !

Cette remarque, à partir du moment où Paul avait été non seulement bien accueilli mais bien épaulé à son arrivée à Londres, tombait fort mal. Elle fit le tour de l'école et ternit son image. Sous une apparence généreuse, cet exilé ne se montrait-il pas ingrat ?  Par ailleurs, il se montra impoli avec plusieurs étudiants qu'il accueillait toujours chaleureusement dans son bureau en les éconduisant car il était fatigué. On murmura qu'il leur avait claqué la porte au nez et là encore, son image fut altérée. Quoi ? Il n'avait plus le temps ? Plus envie ? C'était une école chère : il se devait à ses étudiants.

Il répondit dans un bref article aux nombreuses attaques qu'il subissait dans la presse alors qu'il avait toujours pris soin de ne pas le faire mais il fit preuve d'orgueil !  Le résultat ne se fit pas attendre. On commença à l'injurier et on fouilla dans sa vie. On en était à ses enfants qu'il avait lâchement abandonnés et sa femme qui aurait eu une compagne en Écosse ...On en viendrait à ses liaisons à lui...

On lui soupçonnait une liaison graveleuse...

Paul passa par des phases d'abattement violent puis par d'autres où il était éreinté; Lisbeth lui conseilla de se faire porter pâle pour ses cours et de refuser toute interviews pour le livre. Et puis, elle lui dit :

-Tu as besoin de soins. Tu passes d'un extrême à un autre. Tu es tantôt généreux tantôt perfide. Il t'arrive même d'être méchant. Ce n'est plus toi.

-J'avoue ne rien comprendre.

Il mentait car il se souvenait des paroles de Nikvist. Comme le lui avait annoncé le chirurgien, il croyait faire le bien quand il faisait le mal, démontrant ainsi qu'il était sous influence. Patiemment, Lisbeth, le fit parler et le secourut.

-J'ai trouvé quelqu'un à Bath.

-Un médecin ?

-Oui.

-Mais quel médecin saurait me répondre ? En Suède, j'en ai vu plusieurs.

-Celui-là a une grande réputation et choisit ses patients avec soin. C'est un psychiatre de renom.

-Je ne me suis pas adressée à lui.

-Moi si.

Il ne fut pas difficile à décider. Il comprenait qu'il jouait contre la montre et devait réagir. Il aurait sombré. Dès que sa décision fut prise, il trouva comme attendu, un courrier sous sa porte. La feuille pliée en quatre contenait un message laconique en ambranien.

 

Bath ? Bonne idée ?

Va savoir si cela

suffira.

 

6 avril 2024

Battles. Partie 3.

 

Amedeo_Modigliani_-_Paul_Guillaume_-_Google_Art_Project

 

Troisième partie

 

Battles et les ombres

 

 

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6 avril 2024

Battles. Partie 3. En exergue.

 

 

Mais riez de moi

Hommes de partout surtout gens d'ici

 Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire

Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire

Ayez pitié de moi

 

Guillaume Apollinaire

La Jolie Rousse

6 avril 2024

Battles. Partie 3. Présentation.

 

 

A Londres, Paul a d'abord connu des temps heureux ; mais être un rescapé ne va pas sans problème. Paul, entant que symbole de la résistance dans son pays, a été soustrait à des fascistes qui l'avaient rééduqué et voulaient se servir de lui. Soigné en Suède, il est arrivé à Londres où il semble bien que le passé le ratrappe. Des clônes de cet Instructeur qui lui a fait tant de mal, tournent autour de lui, s'en prennent à Daphne, la jeune femme dont il est amoureux et à Eva, la traductrice acec laquelle il travaille et a une liaison très charnelle. Décontenancé mais encore très combattif, Paul songe à se réfugier à Bath, dans une clinique où il refera ses forces. Il sera prêt alors à affronter celui qui l'attend...

6 avril 2024

Battles. Partie 3. Quitter Londres. Affronter.

1200px-Claude_Monet,_The_Gare_St-Lazare,_1877

 

1. De Londres à Bath. Bander ses forces.

Paul Kavan choisit de se mettre à l'écart. Il doit écrire son livre sur la chute d'une dictature d'une part et de l'autre, il ne veut pas que ses proches soient inquiétées par des forces du Mal désormais virulentes. En même temps, il sait que l'Instructeur Winger se manifeste à lui sous diverses formes et qu'il faudra qu'il s'oppose à lui définitivement.

 Au matin de son départ, alors qu'il attendait son taxi pour aller à la gare, il eut une vision claire du bel instructeur. Ils roulaient vers Dannick. Bientôt, ils y mèneraient une autre vie.

-Il m'a rivé à lui. Il m’observe. Je me bats. Il pare tous les coups et il attaque.

Dans la voiture blindée, Winger tournait son visage vers le sien et souriait.

-Ah, tu t'es réveillé !

-Oui, Instructeur.

Comment fallait-il faire pour qu'il n'ait plus aucun pouvoir ? C'était le dilemme de Paul.

Le voyage fut tranquille et, à Bath, Paul alla directement à son hôtel et s'y prélassa avant d'aller se promener. C'était une ravissante ville du comté de Somerset qui se targuait de disposer de thermes romains et d'une architecture de l'époque géorgienne de toute beauté. Distante de Londres de cent quatre-vingt kilomètres, elle lui permettrait de rejoindre rapidement la capitale, si toutefois il trouvait une issue. Il aimait encore Daphne et souhaitait renouer avec elle mais pour l'heure, c'était Lisbeth qui annonçait son arrivée.

-L'Henrietta House Hotel. Parfait pour moi !

Sa femme avait beau l'avoir souvent exaspéré, il était soulagé qu'elle vienne. Elle avait raison : elle comprenait qu'il était en danger et s'en souciait.  En l'ayant à ses côtés, il serait plus fort. Du reste, il guetta son arrivée.

-Comparons nos chambres !

-Si tu veux, Paul !

Ils passèrent d'un hôtel à l'autre.

-La tienne est plus belle !

Lisbeth riait mais elle était au fait de la situation.

-Nous avons bien fait de venir. Si quoi que ce soit se produit, je prendrai une chambre dans le même hôtel que toi.

-C'est généreux.

Elle l'étonnait. Elle avait été tempétueuse, jalouse, pleine d'aigreur et elle avait totalement changé.

-Il t'embête, hein ?

-Celui dont je ne parle pas ?

-Oui. Eva, Daphne. Tes livres, ta vie...

-Toi-aussi, tu pourrais toi-aussi avoir peur de lui...

-Moi, ici, je suis passe muraille. Pourquoi s'en prendre à moi ? Et Dieu pourvoit, tu connais mes théories. A toute personne attaquée par les forces du Mal, il faut un allié qui aime prier.

Paul ne put que sourire mais il le fit sans moquerie. L'aide de Lisbeth serait précieuse.

6 avril 2024

Battles. Partie 3. Lettres inattendues.

 

SOLDAT MORT

Pourtant, le lendemain, on lui remit à la réception de son hôtel, un volumineux courrier.  Comme à l'habitude, il n'avait pas été posté mais déposé. Paul y trouva des photos : sur l'une d'elle, l'instructeur gisait mort, une balle dans la tête. Sur une autre, il était à cheval dans le château du Kent où le père de Daphne avait fait venir des cavaliers. Il était aussi dans un café d'où il observait Paul qui rentrait chez lui puis il montait une voiture et le suivait. Il était très près d'Eva qui s'achetait des vêtements dans une boutique de luxe et ne faisait pas attention à lui et il déambulait à l'étage dans la belle librairie de Daphne où il achetait des livres.

-J'ai eu du courrier, dit-il à Lisbeth.

Il la vit pâlir tandis que l'une après l'autre, elle regardait les photos.

-Bon, ce sont des attaques en règle. Inutile de chercher l'expéditeur.

-Qu'est-ce que je fais ?

-Garde la photo de lui mort.

-Pourquoi.

-Justement : parce qu'il est mort !

-Et les autres.

-Déchire-les.

Il le fit. Malgré ce premier incident, ils partirent découvrir la ville et le lendemain, ils poursuivirent leurs errances. Chemin faisant, elle lui dit pourquoi elle avait quitté l’Écosse et souhaiter faire de même pour l'Angleterre.

-J'espère comme toi retrouver mon pays et pour cette raison, je ne veux pas me mentir. Me fixer près d’Édimbourg, je n'aurais pas pu. Il faut être né là-bas. Et, pour dire les choses plus simplement, j'aspire à un autre type de vie. A Londres, je m'occupe de réfugies qui ont une vie difficile. Mais c'est en Ambranie que je veux faire cela.  Et toi ?

-J'ai une vision plus confuse d'une nouvelle vie là-bas.

-Tu verras, ça s'éclaircira. A propos, tu as transmis au docteur Shieffied, que tu vas rencontrer, le compte rendu de tes opérations chirurgicales ?

-Oui, il les a.

Paul pensa à la Suède. Il voulait revoir Monica Josephon, le médecin plein de douceur qui lui avait parlé d'abord et Lynn, la jolie aide-soignante qui lui avait lu avec tant de cœur Le Merveilleux voyage de de Nils Holgersson à travers la Suède ?  Il n'avait jamais eu de tels sauf conduits !

Comme il fallait attendre encore pour le rendez-vous, ils profitèrent des beautés environnantes et allèrent au spectacle. C'était le printemps : il y avait beaucoup à faire. Lisbeth et lui se détendirent. Prenant sur lui, il ouvrait peu son ordinateur et avait un usage modéré de son téléphone mais il voulait savoir où en était Daphne. Elle se sentait mieux. Elle avait toujours son garde du corps mais la situation n'avait plus rien d'inquiétant. Elle hésitait donc à le conserver. Elle était plus confiante et mais ne parlait pas de le revoir. Le cœur de Paul se serra.

 

6 avril 2024

Battles. Partie 3. Première encontre avec le docteur Shieffield.

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Enfin, le rendez-vous arriva. Paul Shieffied avait la soixantaine. Il était grand, élégant et avait de belles et longues mains soignées. Il exerçait dans un petit établissement où il était malaisé d'être admis. Ses honoraires étaient élevés.

-Monsieur Kavan...

-Bonjour.

-Je suis psychiatre et psychanalyste. Et anthropologue.

-On m'a déjà fourni un psychiatre en Suède...

-Là, vous deviez être très affaibli. Il s'est trouvé là pour vous rassurer. Vous halluciniez. J'ai lu que vous l'aviez très peu vu. Ce sera différent, cette fois car vous êtes à même de parler avec cohérence. Et de toute façon, vous avez pris rendez-vous avec moi donc vous commencez une démarche.

-C'est exact. Après ma fuite, on m'a opéré. Je pensais...

-Monsieur Barne, j’ai eu communication de votre dossier. De plus, j'ai lu vos livres et vos chroniques. J'en sais plus que certains sur votre trajectoire et je suis même en train de lire Kalantika.  Je suggère que nous parlions ensemble de qui vous est arrivé car c'est une étape incontournable.

-Ce qui m'est arrivé en Ambranie est dans mes livres.

-Je parle de qui vous arrive maintenant. Car c'est bien pour cela que vous êtes là.

-Oui, pour une thérapie...

-Oui, mais sous une forme que je qualifierai d'inventive...Vous n'êtes pas un cas conventionnel et je devrai m'adapter...

Paul ne put s'empêcher d'ironiser :

-On a déjà jugé jadis que je n'étais pas conventionnel, et j'ai eu droit à un suivi très méticuleux...

-Où cela ?

-A Étoile, sous une forme plutôt violente...

Sheffield, contrairement à ce qu'il pensait, ne trouva pas sa remarque déplacée et rebondit :

-Je ne compte pas vous proposer la même...Ceci étant dit, monsieur Barne, je vais être clair. Londres où j'exerce une partie de la semaine ne me semble pas à propos pour le moment. Nous nous verrons ici. Je vous accorde que c'est un peu atone mais vous aurez peu de pression. Paul reconnaissait cette façon anglaise de dire les choses de façon détournée...Il hocha la tête. Il comprenait...

Quand eurent lieu les premiers entretiens, Lisbeth était toujours là et le soutenait mais bientôt, il céda aux injonctions du psychiatre qui voulait le loger seul dans une aile tranquille de la clinique.

-Je vous rappelle que mon épouse me fournit une aide précieuse.

-Monsieur Barne, il est important que vous soyez seul. Quant à elle, si elle aime Bath, qu'elle y vienne régulièrement.

-Bien.

Lisbeth prit bien les choses. Avec naturel, elle lui dit :

-Le théâtre Royal ? L'abbaye de Bath ? Les Thermes ? Les boutiques ? J'ai déjà tout vu et j'ai pris les eaux, mangé dans de bons restaurants et vu de beaux spectacles. Ah et j'ai traîné un peu partout avec Jane Austen, Charles Dickens et Thomas Gainsborough. Ils ont aimé cette ville, tu le sais !

-Tu es philosophe. Certains jours, je risque de ne pas être disponible.

-Bah ! Je ferai Ce psychiatre à qui tu trouves probablement l'air un peu fou est ta chance. Tu le sais.

Il quitta l'hôtel pour la clinique reculée. Très vite, on le cantonna dans un bâtiment très paisible. On l'avait comme séparé des autres. Surpris d'abord par cette façon de faire, il en vit les bienfaits.  Au-delà du petit lit, des couleurs neutres des murs et des blancs rideaux qui filtraient la lumière des fenêtres, il y avait la possibilité de faire sien un lieu où, après tout, on lui avait apporté ses affaires. On lui avait rendu son ordinateur et son téléphone. A Lisbeth qui prenait momentanément congé, il dit :

-Tu pourrais passer chez moi ?

-Naturellement. Si on a touché à quoi que ce soit, je te le dirai. Et je te ferai suivre ton courrier.

Travailler avec Shieffield s'avérait passionnant.  Suivant ses dire, celui-ci travaillait la dimension psychologique, mémorielle de l'individu mais aussi la dimension humaine et spirituelle... C'était un analyste passionné qui travaillait dans les normes strictes de la psychiatrie mais les dépassait souvent. Son patient était Paul Kavan Il savait que son histoire était singulière et que les menaces réelles qui pesaient sur sa vie.

-J'ai lu le récit que vous avez fait de votre évasion. Il y a bien des cinéastes anglais qui seraient enthousiastes à l'idée de filmer la scène.

-Malheureusement, je ne me souviens très mal. J'étais convoyé vers Dannick quand les partisans sont entrés en action. La fusillade, les morts de part et d'autre, on m'a dit mais tout est brouillé comme mon séjour avec les partisans.

-Et la Suède ?

-Je recouvrais la mémoire. Je me souviens clairement de mes derniers temps là-bas.

-On vous a déclaré guéri ?

-Mes chirurgiens vous ont sans doute écrit. Physiquement, ils ne pouvaient aller plus loin. Ils pensaient, le dernier du moins, à une empreinte psychique qui pourrait contrarier mes desseins...

-Quels sont vos alliés en Angleterre ?

 

 

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