jfk

 

Troisième exercice d'Isée pour Phillip. Dresser le portrait d'une femme qui a assisté à la mort du président Kennedy...

Ah tien, il était là d’ailleurs ! Jeune puis mort. M.O.R.T. Déjà dit et rien qui viendrait contredire l’ensemble. Secret Défense. Oswald avait tiré à titre individuel…

On était là pour Louise et sur la mort de Kennedy, Hammer n’a d’abord pas dit grand-chose. Il était clair que mon personnage principal lui causait quelque souci. L’ascension sociale d’une femme pauvre et sa mort sophistiquée le dérangeait mais il a fini par s’en arranger comme il le fit de ce juge à la retraite dont le profil lui paraissait pour le moins sommaire. Il devait bien admettre que mettre tout cela sur pied en huit à dix jours ne pouvait être d’une solidité extrême et il fit preuve de mansuétude quand je lui envoyai le tout. Il se borna à me signaler que JFK avait des problèmes de dos bien plus importants que signalés. Il devait porter un corset et se déplacer avec des béquilles en certaines circonstances. Ceci hors caméra, bien sûr. Pour soulager ses douleurs, il recevait régulièrement des injections de cortisone, de novocaïnes et de stéroïdes, il prenait des amphétamines, ce cocktail médicamenteux lui permettant de déployer une énergie hors du commun et également d'assouvir une libido hyperactive…

Bien. A priori, à ce que m’apprit Phillip, ses très réels soucis de santé ne l’avaient pas empêché de régner brièvement sur les États-Unis. Les Français avaient beau adorer Kennedy, il ne fallait pas s’y tromper. Le bel Américain avait laissé s’édifier le Mur de Berlin et s’épanouir la guerre au Vietnam. Quant à Luther King, s’il avait paru abonder en son sens, il l’avait mis sur écoute…Malgré tout, une sorte de grandeur émanait du personnage qui, mort depuis des années, contribuait de susciter intérêt et compassion. Au cimetière d’Arlington, ils étaient cinq : John, Jackie, Arabella, Patrick et John-John. En somme, une famille faite pour mourir. Un père pris pour cible, deux enfants morts à la naissance et un fils qui avait péri dans un accident d’aviation…Il fallait être idiot pour ne pas sentir la fin de règne…Mais bon. Restait Louise et sa ténacité. Une belle personne.

Elle était forte. C’était une vraie adversaire. Une adversaire de qui au fait ? La question se posait dès qu’on laissait tomber l’hérédité et le manque d’argent.

De qui ?

Mais du Malin ?

C’est qui ça ?

Dans le restaurant très traditionnel où nous dînions, Phillip n’avait pas le cœur à rire.

-Toutes vos héroïnes ont affronté le Mal et vous aussi en les faisant vivre !

-Mais vous aussi, en ce cas !

-J'ai été très actif sur la première et la troisième histoire mais j'ai eu un rôle de conseiller...Je vous ai juste guidé, j'ai approuvé ou non.

Je ne voyais où il voulait en venir, aussi devint-il plus précis :

-Bientôt vous, vous serez confrontée au Bien…

-Ah oui ?

-Oui.

-Encore des histoires à vous raconter ?

-La vraie vie !

Il aurait dû sourire puisqu’il m’annonçait des moments joyeux mais non. L’inquiétude l’agitait. Je ne savais ce qui le rendait ainsi et il ne me dit rien ! Égal à lui-même, il gardait cette beauté difficile pour les femmes qui est celle de ceux que Proust appelait « les hommes-femmes » ou les invertis. Pourtant rien, de ses longs cils à ses jambes solides ne le rendaient féminin…