LE REPLI

 

Après des mois d'errance à errer dans Manhattan,

Clive Dorwell, reconverti dans le spectacle, retrouve Erik

le danseur qu'il a un temps traqué pour répondre à un pari...

Récit : Je l’ai poussé sèchement sur le lit et j’ai fini de le désaper. Il a placé ses bras au-dessus de sa tête et m’a laissé le regarder. Il avait un corps fort et entraîné mais mince et pour moi, bouleversant. J’ai regardé son torse, son ventre et son bas-ventre, l’arrondi de ses épaules…

J’ai retiré brutalement mes vêtements avant de m’allonger à côté de lui.

-Garde tes bras en arrière, écarte tes jambes et n’essaie pas de me résister.

J’ai caressé son buste avant de refermer ma main sur son membre encore alangui puis j’ai commencé à le caresser.

-Ne ferme pas les yeux. Regarde-moi.

Le silence s’est installé entre nous et il n’est bientôt plus resté que le bruit ténu que faisait ma main en allant et venant. Je ne le quittais pas des yeux et il me regardait, conscient que je guettais les effets du plaisir et leur lente gradation. Il n’avait pas le droit de bouger ni de m’interrompre et il dépendait donc entièrement de moi. C’était exquis d’autant que toute parole étant suspendu, il ne restait que le désir : celui que j’avais de le contraindre à jouir pour moi et celui de lui démontrer qu’il n’avait aucune alternative. Il a fini par s’abandonner et sa jouissance a été belle. Ma main experte a fini son travail de caresses. Il m’a laissé étaler sa semence sur son ventre. Je la lui ai fait gouter avant de lécher lentement et délicatement sur cet espace de peau qui précède les cuisses. Il était totalement passif, très donné et j’agissais avec soin, tout à l’empreinte que je souhaitais mettre en lui. Quand j’en ai eu terminé avec cette douce absorption, je l’ai embrassé sur la bouche. Mon cœur s’ouvrait et en même temps se serrait, sans que je sois capable de contrôler quoi que ce fût. Il me répondait et, continuant de respecter la règle du silence, il se tendait vers moi, tout actif et concerné qu’il était par ce baiser. On est restés longtemps ainsi puis on a pris nos marques.

Erik, il aimait peut-être les étreintes romantiques mais pas avec moi. Quoi que j’en dise, je devais lui répondre sur le même registre qu’auparavant : de la directivité, du savoir-faire, une relative brutalité et des pénétrations longues et répétitives. Il ne fallait lui laisser le temps de souffler. J’étais peut-être restée longtemps sans le voir mais ce qu’il était intimement avec eux, j’en reprenais vite la mesure. Le bémol, ce serait que l’amour était là, de mon côté au moins et qu’il faudrait faire avec lui. De ce point de vue-là, il n’était plus question de reculer. La légèreté dont on avait fait preuve au Bella Vista n’était plus de mise et nos rapports mi sucrés mi salés de l’appartement de Lopez non plus.

Il restait donc à l’envouter en le contraignant et il fallait le faire d’urgence. Il s’en est donc suivi  une sorte de mêlée où on s’agrippait l’un à l’autre. Oui, c’était une lutte parce que j’étais à la fois ravi et  fâché de lui, de sa beauté et de la tiédeur de ses sentiments. En même temps, on s’accordait très bien, chacun anticipant sur les élans sexuels de l’autre et chacun le comblant autant qu’il le pouvait. C’était d’autant plus magique que c’était inattendu. On m’aurait dit la veille qu’à ces instants-là, je serais en train de lui faire l’amour, j’aurais eu un rire triste.

Il fallait qu’il intègre qu’il me rendait positivement insatiable mais que j’étais Clive le Tenace, Clive le Vengeur, Clive le Maitre même si je ne l’étais que pour un temps donné et dans l’espace de cette chambre.

J’ai vraiment pris un plaisir fou et cruel à l’étreindre et il a bien crié mon joli-danseur. Les ordres secs, les secrétions, les doigts inquisiteurs, la queue…Encore et encore.

Et les règlements de compte :

- Le texte de l’annonce, tu t’en souviens ?

-Je l’ai lu après coup. Il est inscrit en moi.

-Il a eu gain de cause : tu as mordu la poussière.

-Non.

-Oh que si ! Toi, tu crois que tu es dans les étoiles ?

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- J’y suis.

-Pas aujourd’hui. Tu as retrouvé ton Clive…

Je le tournais, le retournais comme avant. Je le prenais allongé, assis, debout. Je le léchais, le caressais, le pinçais…

Il gémissait et me lançais des regards agiles.

-Tu me fais mal…

-Tu adores ça.

-Retire-toi, je veux souffler…

-Non.

-Arrête, arrête maintenant.

-Non.

On a duré comme ça des heures avant de déclarer forfait. On devait être au milieu de la nuit. J’ai fait monter du vin et on a vraiment abusé. Il s’est endormi, nu, le premier et j’ai dû le faire changer de position pour remonter sur lui draps et couvertures. J’ai été plus long à trouver le sommeil. Brièvement, plusieurs visages se sont imposés à moi. Celui de Kathleen, que j’étais en train de tromper outrageusement et celui de Kirsten, qui me croyait guéri de cette affaire. Je lui avais dit, arrangeant les choses à mon avantage, que je lui avais écrit au danseur et qu’il avait été heureux que lui exprime mes regrets…

Et bien sûr, Barney m’est apparu.  Le passage des années se faisait légèrement sentir sur son visage et son  physique, qui était plus tassé et moins massif. Cependant, la classe était loin de l’avoir déserté, bien au contraire, d’ailleurs. Il était en costume sombre et il portait une cravate. Je l’avais connu plus audacieux sur les couleurs mais les matières étaient belles et rien n’était laissé au hasard, de ses belles chaussures de cuir, à la montre suisse qu’il arborait à son poignet, sans oublier son eau de toilette française et son rasage récent et impeccable. Il me regardait et c’est comme s’il comprenait. J’avais choisi le danger. Il ne pouvait rien faire.

J’ai dû dormir six ou sept heures et quand je me suis réveillé, j’ai filé dans la salle de bain pour me doucher et me raser. C’est important de bien présenter. Quand je me suis recouché, Erik, qui me tournait le dos, s’est retourné.  Il a frémi de façon très perceptible puis, dans un beau mouvement enveloppant, sans marquer aucune hâte, il m’a enlacé.

Ne vous méprenez pas. Ce n’était pas un geste d’amant, c’était celui de l’enfant qui sent le réconfort d’un être qu’il attendait et lui manifeste sa tendresse. Je suis resté saisi et n’ai rien dit. Lentement, il a ouvert les yeux et s’est mis à scruter mon visage dans la pénombre. Il a paru intimidé et il s’est mordillé la lèvre inférieure.

-Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es inquiet ?

-Tu n’étais plus là…

Il a touché ma joue et senti la fraicheur de ma peau.

-Ah ! Je devrais faire de même.

Il a esquissé un mouvement mais je l’ai tout de suite arrêté. Je l’ai fait se mettre sur le ventre et je me suis couché sur lui. Le reste se passe de commentaires. Comment un être peut-il en mettre un autre dans un tel état de tension sexuelle ? Ça me reste mystérieux.

Bon, il a quand même été autorisé à se doucher et à se faire beau. C’est vous dire combien je laissais croître en moi les sentiments délicats. On a bu du café et n a surtout constaté les dégâts. On avait franchement exagéré avec l’alcool, lui comme moi. Je suis allé chercher ce qu’il fallait dans une pharmacie et on s’est requinqués un peu.

Je m’attendais à devoir lui imposer de rester, bravant ses rendez-vous et bousculant ses projets personnels mais à ma grande surprise, il a tout de suite accepté. Il voulait juste donner quelques appels.