RIEN A

 

Au bout d'un moment, qu'est ce qu'il y à dire? On arrivait en mai. Les jours étaient plus longs. Les arbres fruitiers rayonnaient. En Dordogne, il y a a beaucoup. J'avais comme une écharde dans le coeur. C'est dur quand des parents, séparés depuis des années n'y arrivient toujours pas, qu'ils ne se situent pas l'un par rapport à l'autre, que leurs maisons sont tristes, qu'au collège, tout sonne faux. Je n'ai pensé à rien d'autre qu'à prendre le bus; Je le faisais toujours le mardi soir vers dix huit heures, quand l'entraînement était fini à la piscine. Mais cette fois, ce ne serait pas le même. J'avais pris de l'argent à ma mère, le matin et j'avais des économies. Dans un petit sac à dos que j'ai caché près du collège, il y avait des affaires. Je n'ai pas pris mes affaires de piscine et pas non plus mon sac de cours. J'ai fait l'échange, dans la cachette que j'avais imaginée. Le bus m'a conduit à deux heures de Sarlat. Il y avait un village. Je devais trouver une cachette pour la nuit. Qu'est-ce qu'on ressent dans ces moments-là ? Euh, je dirais l'urgence et c'est tout. Il faut éviter de donner le joindre indice. J'ai enlevé la puce de mon portable. 

Au milieu de la nuit, au début, j'ai eu peur. Quand le soleil s'est levé, j'ai vu une femme. La soixantaine, mince, un visage encourageant. Elle m'a fait un chocolat. Je me suis endormie sur la chaise. Réveillé en sursaut, j'ai pensé qu'elle aurait fouillé dans mes affaires, maus curieusement, non. On a parlé de ses chats: elle en avait dix. Elle les adorait. Les questions personnelles ne sont pas arrivées. Franchement, c'est ça qui m'a fait aimé cette femme. Elle avait compris que je m'enfuyais mais elle parlait d'autre chose. Elle m'a conseillé tout de même de reprendre le bus par lequel j'étais venu et j'ai dit que j'allais le faire, pour la rassurer. J'ai juste fait un arrêt et j'ai continué à pied.

Après, c'est difficile. Vous savez pourquoi ? Forcèment, je ferai de la peine. Mon père, cest pas le mauvais cheval malgré ses colères fréquentes et ma mère avec ses histoires d'amour qui ne marchent jamais, c'est plutôt une personne à plaindre. Mais j'en avais assez...Au bout de la route, il y aurait une autre route et puis une autre encore et au final, une autre vie...

J'en ai eu une autre brièvement et je ne vous dirais pas laquelle.

Au sortir de la Dordogne, il pleuvait. Les phares des voiture paraissaient pâles dans la lumière grise. Je m'appelais de moins en moins Alexandre Bel et de plus en plus Stan Furey. Ah ! 

Ils sont plusieurs à s'être arrêtés. Certains posaient des questions, d'autres non.

La dernière fois, une voiture de sport rouge avec, au volant, un type aux grosses joues rouges. Je ne pensais pas que tout irait aussi vite. Je ne pensais à rien.

Ne me cherchez pas.

Ne me cherchez plus.

Vous savez, ça va vous prendre des années pour comprendre.

Là où je suis, tout est laiteux. je n'ai plus peur.

Ne me cherchez plus.