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Laura et le père disparu

 

Cette photo de lui, prise quand j'avais huit ans, ne me quitte pas. Il a trente-sept ans, pose en tee-shirt blanc et jean et penche un peu la tête sur le côté. Ses cheveux lui tombent sur le front, lui donnant un air bohème. Il sourit. Rien n'est apprêté dans cette photo. L'instant d'avant, il ne savait pas que j'allais la prendre. Pieds nus, il déambulait dans le salon. Je suis arrivée par surprise, l'ai appelé, ai observé son étonnement ravi quand il s'est tourné vers moi puis ai crié « Photo ! Aie l'air content !». Je serrais l'appareil très fort. J'ai appuyé sur le déclencheur. Et je l'ai capturé. Il a l'air ravi sur ce cliché et c'est ce qui compte. L'instant d'après ,quand j'ai voulu capter son visage, tout était déjà différent. Il posait. Bien sûr, le résultat est très positif. Un trentenaire à l'aspect juvénile qui fixe l'objectif et sourit pour plaire à sa fille. Ses cheveux bruns, ses yeux d'un bleu très clair, la gaîté passagère qui s'y faisait jour et cette bienveillance qui se détachait de lui. Possible de croire à son amour pour moi, à sa fidélité. Impossible de croire à son départ, encore moins à sa disparition.

Et pourtant, il s'est volatilisé. Mon père. Ce beau Guillaume à l'air tendre.