AMOUR PARTI

4. Kenny s'en va. Qui aimer? 

De toute manière,tout s'était délité. En 2009, Kenny s'était désengagé. Une rupture sale comme elles le sont toutes dans le gris bleu d'un matin londonien. Ils étaient à Highgate dans la belle demeure de maître que George n'occupait plus très souvent. Vêtu de noir, Kenny, les traits tirés tentait d'être concis.

-Tu veux vraiment tout arrêter ? On fait une pause, si tu veux.

-J'ai pris ma décision, voilà, c'est ainsi.

-Peut-être que tu es trop catégorique...

-Non, pour moi, c'est clair, George.

-Bien...Très bien...Admets que nous avons vécu de belles choses.

-Je l'admets, George, mais notre relation romantique s'est terminée il y a déjà quelques temps...

Tout de même, cette attitude déjà lointaine, cette façon de crisper les mains et ce profil un peur dur. C'était déchirant.

-J'ai tout foiré. Je me suis comporté comme un con.

-Pour ce genre d'allégations, ce n'est plus l'heure. Il faut se séparer.Tu respireras mieux et moi-aussi. Ce que je voudrais, c'est pouvoir dire que tu es resté un de mes meilleurs et de mes plus proches amis jusqu’à la fin et qu'en ce sens, je me sentirai privilégié.

-Tu veux que nous restions amis ?

-Oui.

-Reconnais que c'est très dur de se séparer après toutes ces années.

-Oui, ça l'est.

-Bon...Mais il y a la Fondation...

-L'argent, tu veux dire ? Tu t'es engagé sur ce point. Je peux maintenant seulement espérer le rendre fier en continuant l'incroyable travail que nous avons entrepris ensemble...Pour le reste, j'ai ce qu'il me faut. Il faudra partager certaines choses, s'en renvoyer d'autres. On fera ça calmement. Prends-soin de toi.

-Toi-aussi, Kenny, prends soin de toi. Mais...

Il voulait lui dire ce qu'il avait juré à Anselmo des années auparavant : il ne t'arrivera rien ; Je serai toujours là pour toi. Si quelque chose ne va pas, appelle ! Mais c'était trop tard.

-Mais ?

-Enfin, c'est..dommage...

-Merci de m'avoir permis de rester deux jours chez toi. J'avais des rendez-vous d'affaires et c'est très central. Je vais rejoindre des amis ici, à Londres et repars avec eux pour Dallas. Bonne journée, George.

Bonne journée...

-C'est la drogue n'est ce pas...

-Quand tu as fais l'expérience de vivre avec un drogué, et que tu as toi-même des problèmes avec l'addiction, il y a un moment où plus rien n'est soluble. Je veux avancer dans ma vie. Je veux trouver du réconfort en sachant que si je parle ouvertement de ce qui m'a piégé, ça pourra servir de source de motivation pour les autres. Tu ne peux pas le comprendre maintenant mais plus tard tu penseras la même chose.

-Oui, oui, certainement. Mais il n'y a pas que cela...Norman Kirkland...

-Entre autre. Un chômeur de cinquante-huit ans que tu as sauté dans un parc et qui a déclaré que tu faisais ça très bien. Il vivait avec son vieux chat. Un homme discret jusqu'à ce que des journalistes trop contents de l' aubaine ne lui demandent de s'exprimer, ce qu'il a fait....Celui-là, un autre...Tous ces parcs...

-J'ai vraiment essayé...Kenny, j'ai essayé...

-Oui, c'est clair...Je dois me retirer.

-Ces moments extraordinaires que nous avons eus ! Ces voyages ! Ces cadeaux ! Et nos anneaux ! Chacun d'eux en portait un !

-Je suis attendu.

Et c'était tout. Ils étaient très pâles l'un et l'autre. Kenny sortit du salon sans se retourner, son sac de voyage à la main, traversa la cour pavée et laissa se refermer derrière lui l'imposante double porte d'entrée.

-Treize ans.

George eut le cœur serré et passa difficilement les deux journées qui suivirent. Il avait pris de mauvaises habitudes dont celle de l'égoïsme et de l'oubli facile. Il pensa à autre chose. Ce Libanais, ils commençaient à se voir...

IMAGES DE GM

Mais ça ne suffirait pas. George écrirait une autre chanson Where I hope you are et il mettrait plus de deux ans à rendre cette rupture officielle. Sans compter qu'il ne la surmonterait pas vraiment.

 Depuis si longtemps,

Je ne me soucie de personne d'autre
Savoir que mon cœur pourrait à nouveau avoir si tort,
Et bien, ça m'épuise

J'avais une image dans mon âme, un endroit chaud
Où nous pourrions traîner durant nos vieux jours
Maintenant, c'est simplement là où j'espère que tu es

Ces jours-ci, de tant, de tant de façons,
Ma vie devient mauvaise pour toi
Mais ton visage lorsque tu me regardes, me regardes ainsi,
Ça me déchire en deux

J'avais une image, ce n'est pas ta faute
Mais la chaise dans la pièce où je vieillis
Maintenant, c'est simplement là où j'espère que tu es

Oh, mais il fut un temps
Où je n'avais qu'à te regarder
Le monde m'appartenait
Je te le dis, le monde m'appartenait

Je suis tellement désolé, c'est comme toutes ces scènes
Coupées au montage dont tu m'as parlé
Je les ramasserais toutes
Dis, chérie, montre-les toutes une dernière fois, pour moi

Les peurs d'un enfant
Depuis tant, tant d'années
La bonne vie est devenue mauvaise pour toi,
Mais il n'y a personne pour tenir l'arme du crime
Ne vois-tu donc pas que ta mère et ton père l'ont remporté?

Mais ça peut arriver, c'est ce qu'on m'a dit
Parfois, bébé, des anges saouls rentrent en trébuchant
Maintenant, c'est simplement là où j'espère que tu es

Oh, mais il fut un temps
Où je n'avais qu'à te regarder
Le monde m'appartenait
Je te le dis, le monde m'appartenait

Je suis tellement désolé, c'est comme toutes ces scènes
Coupées au montage dont tu m'as parlé
Je les ramasserais toutes
Dis, chéri, montre-les toutes une dernière fois, pour moi
Pour moi
Pour moi
Pour moi

 

Au Danemark, il vit Erik avec quelques retard car il se trouvait en Suède avec sa troupe. George lui trouva un hôtel luxueux mais calme où il vint le voir. Au plus mal, le chanteur parlait sans cesse, se déchirant lui-même.

-On ne m'a pas parlé de Mozart à moi, ni de Vermeer, ni de Tchaïkovski et encore moins de Nijinsky. Ma culture, c'était la rue, les quartiers populaires, la radio puis la télé, les bars et les dancings...J'en suis fier !

-Personne ne peut te faire de reproches là-dessus.

-Même pas les gens comme toi ?

-Non.

-Tu es jeune homme de bonne famille...Tu te demandes quel jeu je joue, hein ? J'ai des rapports ambivalents avec la presse à scandale. Vous dites que je suis veule, détraqué et amoral mais attention, erreur fatale ! Je suis un homme intègre, moi, je suis George Michael ! Honte à vous de me persécuter...Tu sais,si on cessait de parler de mes turpitudes, je se sentirais délaissé...

-Tes turpitudes !

-Mais oui ! Tu sais, les gens veulent me voir comme un personnage tragique, avec ces relations sexuelles dans les toilettes publiques et ces prises de drogues, mais je ne vois même plus ça comme des faiblesses. C'est simplement ce que je suis. Tu peux comprendre cela ?

-Un peu, George.

-Tu es beau, si beau pour moi et tu le sais, tu le sais bien ! Tu devrais tomber amoureux de moi.Tu l'es un peu ?

-J'ai de l'admiration et de la tendresse pour toi. Entre autres.

George s'agitait beaucoup, passant de l'abattement à l'excitation.

-Tous ceux qui le connaissaient ont sans doute remarqué l'importance que la drogue a joué dans sa vie. L'herbe a fini par prendre le dessus et c'est vite devenu une habitude...On dira ça de moi quand je serai mort !

-On dira autre chose.

-Mais tu pourras leur faire savoir à tous ces connards que c'est ma musique qui était importante pas le fait que tu aimes la fumette et les parties de jambes en l'air ! Merde, merde et merde !Ok, Ok, Ok, je ramasse des mecs ordinaires dans les lieux publics, plutôt que d'autres célébrités dans les boîtes de nuit. Eh bien, de ce fait, on me traite de plouc grec, non ? Alors, j'assume. Et je fume de l'herbe plutôt que de prendre de l'héroïne de haute qualité avec un entourage stylé de snobs qui aiment se camer. Idiot, ça et, là encore, très plouc. J'assume ! Moi, je suis toujours le garçon de Bushey qui est toujours à la recherche d'un moyen de tuer le temps libre ! Et je ne suis pas une superstar se comportant comme telle. Mes habitudes publiques sont prolos...Pas mes habitudes privées. Mais là, personne ne parle plus.

Erik lui caressa la joue, l'enlaça et posa sa tête blonde sur son épaule. La souffrance du chanteur était d'une violence peu soutenable.

-Tu sais quoi ? Qui résiste au Grec Chantant ! Ah Ah,le Grec Chantant ! Une décoration à celui qui a inventé cette expression ! Personne, PERSONNE ne résiste au GREC CHANTANT ! Mon Kenny, il va comprendre ; Et toi, toi !

Erik lui tendait un comprimé et tenait un verre d'eau.

-Qu'est-ce que c'est ?

-C'est mieux si tu dors un peu.

-Tu es médecin ?

-Non.

-Tu vas rester.

-Je vais m'allonger à côté de toi.

-Et quand je me réveillerai ?

-Je serai là.

Et c'était vrai. Il lisait.

-Je suis insupportable aux autres par moments dès lors qu'on tient à moi. Quel genre de monstre suis-je devenu ?

-Tu es très bouleversé.

Erik se pencha sur lui et l'embrassa sur les lèvres. George le retint.

-Très bouleversé? Pas seulement …

-Plus ?

-Oui.