gm encore

Lassé d'entendre dire qu'il ne fait plus de scène, George Michael se lance dans une grande tournée. La santé n'est pas au rendez-vous...

Fadi de mauvaise humeur au téléphone. Il y a des photos. Bordel, George ! Je me doute bien qu'il y en a mais aucune n'est croustillante. Je me promène dans une ville d'Europe du nord, en élégante compagnie certes mais voilà tout...Je le laisse râler puis lui précise que pour l'Italie, c'est sûr avec lui de même que l’Allemagne. Au bout d'un moment, il cesse de bougonner mais ne chante pas. Il le fait a l'habitude pour montrer qu'il est ravi...

 Derniers moments. Je garde Erik longtemps contre moi. Il approche de la quarantaine mais reste mince et beau. Il me regarde. Que voit-il ? Je le lui demande mais il ne me dit rien. Je sens qu'il me respecte beaucoup et qu'il me connaît bien plus qu'il ne le laisse supposer. Je ne remets rien en cause avec Fadi, mon oriental blagueur et solide, mais je sais qu'il y a un lien fort avec ce danseur. C'est peut-être au delà de l'amour classique...Ceci dit, il me foudroie.

-Toutes ces années à se voir de loin en loin. Si tu avais mis moins de freins, on aurait eu une histoire d'amour beaucoup plus forte. Tu en es aussi convaincu que moi, n'est-ce pas ?

-C'est assez vrai mais tu as fait des choix précis et moi les miens. C'est bien qu'il y avait des réticences de part et d'autres.

-Et pas d'amour ?

J'ai réussi à le faire rougir. Il penche la tête sur le côté et baisse les yeux. Quand il me regarde de nouveau, je vois qu'il est très troublé.

-Je ne pourrais pas dire ça, tu le sais bien.

-Mais malgré tout...

-Il faudrait arrêter, sous cette forme là en tout cas.

-Il existe une autre forme ?

-Je prendrai des nouvelles, penserai à toi.

Je suis suffoqué. A nos âges, on sait ce qui se cache derrière de telles paroles. Il a toujours été franc. Je suis surpris qu'il se contente de si peu.

-Tu me balances. Dis-le sous cette forme.Sois clair !

-Non, George, je modifie notre relation car il le faut. Il va te falloir être fort.

-Ah ? A cause de quoi ?

-Je crois que tu le sauras bientôt.

-Allons bon ! Qu'est ce que ça signifie tout ça ! Tu peux m'expliquer ton air mystérieux ? 

VIENNAAAA

-Ton compagnon, à Londres, il est proche de toi, c'est important. Très même. Il est de confiance à ce que tu me dis...

-Il l'est, oui, mais quel rapport ?

-Tu auras besoin de lui, vraiment et il sera là. Tu comprends ?

-Non.

-Il sera là, George.

-L'attrape-rêves...

-Quoi ?

-Rien.

Curieusement, cette ultime discussion me laisse perplexe. Depuis le début, j'ai toujours eu le sentiment que cet Erik voyait en moi ce que j'y discernais pas encore moi-même. Je ne pense pas que ce soit intellectuel chez lui, c'est plutôt du domaine de la prescience. Il a senti quelque chose et il guide comme il peut...C'est pourquoi je ne le quitte pas ulcéré, loin de là, mais intrigué, apeuré aussi, il faut bien le dire...Il m'a mis en garde, m'a dit de me préparer...

La tournée se poursuit. Belles salles. J'aime les ors et les pourpres. Mes chansons avec tout ce qu'apporte un orchestre symphonique...Les cordes m'émeuvent.

 Cette tournée qui se veut différente me permet de faire le point sur moi et je crois voir juste. Je fonctionne par le cœur et par les émotions, et rien de ce que je fais sur cette terre ne peut se faire sans que je ne ne ressente - d'ailleurs le mot ressentir est à la base de mon fonctionnement - pleinement une charge affective suffisante. Il me faut aimer pour comprendre, ressentir pour agir. Je sais que c'est au détriment d'une vulnérabilité certaine que je n'ai jamais appris à combattre suffisamment.

 Je suis vif, souple, aime réagir à toute vitesse aux sollicitations que je reçois mais je confonds mobilité et agitation. On me l'a dit mais pourquoi stagner ? Peu importe la sécurité du moment dès lors que l'ennui est chassé, non?J'optimise, je change les choses, je change moi-même... et tout cela avec rapidité. Quelquefois, je suis indécis mais je rebondis remarquablement, et finalement, c'est un atout car on me trouve alors sympathique. Je sais me sortir de tous les mauvais pas grâce à ma mobilité et à ma légèreté. Encore faut-il prendre ce dernier terme dans le sens d'absence de lourdeurs...

 Ma patience n'est cependant pas toujours à la hauteur de mon audace et je peux être fébrile voire coléreux. J'ai appris à mes dépens que ça pouvait me rendre bien moins efficace que prévu mais j'ai l'esprit conquérant. J'ai pu être agressif et brutal pour parvenir à mes fins, je le reconnais, surtout au début de ma carrière solo...

Esprit d'entreprise, agressivité potentielle, besoin de dominer, j'ai toujours été très actif et peine à croire que je puisse devenir autre. Que me vaudraient le retrait et la passivité ? De toute façon, pourquoi est-ce que ça changerait ? Je manifeste ce que je suis avec autorité et ai beaucoup d'ascendant sur les choses et les gens que je croise dans ma vie. On pourrait croire que je suis dominateur et que,parfois, je suis trop autoritaire ou même cruel mais c'est mon instinct qui parle. Au fond de moi-même, l'énergie vitale est là, trop puissante pour ne pas sortir et ne pas faire de moi un homme d'action. Mes vraies motivations sont souvent cachées et je suis un être de passion, quelquefois incompris mais qui sait rebondir avec une force toujours plus grande après chaque épreuve de la vie. Si j'ai une qualité fondamentale, c'est celle-là...

Ils l'ont su, ils le savent ceux dont je me suis approché. Anselmo, Kenny, Fadi et cet Erik qui collait contre le mien son corps nu et ferme. Ma famille, mes amis, mes proches au travail...

 Vu comme ça, mes perspectives sont solides car je me connais assez pour savoir bien conduire ma vie. Mais le danseur lançait des signaux répétés à Copenhague. Je ne suis pas tel que je devrais être en ce moment. Il va m'arriver quelque chose.

 En Italie puis en Allemagne, Fadi est là. Ponctuellement, ses deux frères arrivent. Après un froid, il a renoué avec eux. On boit trop, on fume trop, on rit trop fort. Dans la rue, Fadi s'amuse. Quelques temps plus tard, il reviendra sur ce qu'il m'a dit. Ce ne sont pas des gens fiables. De vrais connards en fait. Il ne veut plus les voir ! Le soir, après mes concerts, il a envie qu'on ne soit pas que deux pour faire l'amour. Tout le monde parle anglais, non ? Il trouve les bons numéros, appelle et profite. Moi, peu. La fatigue me gagne souvent. Cette tournée est prévue pour être longue et je dois pas trop me gaspiller. Quand je le dis à mon bouillonnant compagnon, il me rétorque qu'il n'est pas sûr que me priver d'émissions de sperme me défatiguera...

 D'autres pays. Des fleurs. Des messages d'amour pour mes chansons. Des inconnus qui demandent des autographes.

 

EleGANT MGGG

 15 Novembre. Je suis à Berlin. Un texto d'Erik. Un autre. On en échange. Celui là n'est pas anecdotique mais sibyllin.

o mere vi skjuler, jo mere ubehageligt er det at blive overrasket

Plus on se cache, plus il est désagréable d'être surpris.

Kierkegaard.

Agacé, car il ne me dit rien d'autre, je lui envoie je ne sais quelle réponse pleine de sottise sur la suffisance. A priori, il le prend bien, relativise et m'annonce qu'à une de mes prochaines étapes, il m'enverra des fleurs. Je souris car il ne précise pas laquelle...

 Fatigue violente et douleurs dorsales depuis plusieurs jours. Toux sèche et essoufflement également. Les pays se succèdent. Je vois deux médecins. On m'apporte les médicaments correspondants à leurs ordonnances et prends des médicaments pour la gorge.