OMBRE 3

George Michael a présumé de ses forces. Il s'effondre pendant sa grande tournée Symphonica. Plongé dans le comas, il vit une péride de retrait. A son réveil, son père et son ex-compagnon souhaitent le voir.

Il le fut mais ce fut compliqué. Le silence, le repos, l'éloignement de toute la pression à laquelle il était habitué l'aidaient certes mais son corps lui jouait des tours et ne réagissait pas aussi bien que prévu. Il fallut encore du repos et des traitements puis au bout de trois semaines, il y vit un peu plus clair. L'infirmière au visage paisible qui venait régulièrement le voir se montra soudain bien plus avenante.

-Ah, vous voilà en convalescence...

-Il y a eu des complications...

-Oui, ça arrive mais vous allez mieux. Écoutez, je crois que je n'ai jamais vu ça ! Vous recevez des gerbes de fleurs merveilleuses ! Je vous assure qu'il y a de quoi être jaloux et quant à votre courrier, je crois qu'avec toutes les lettres reçues, nous pourrions retapisser pas mal de pièces ! Je vous donne un aperçu des fleurs ?

Il hocha la tête et sourit. Elle lui montra des assemblages de lys, de roses, des entrelacements, des compositions parfois sages et parfois audacieuses.

-Il y a aussi des plantes vertes, dit-elle en riant.

Ce n'était pas tant sa famille, ses amis ou son compagnons ni même ses musiciens, même s'ils avaient fait un geste, c'était surtout ses fans ! Il en était stupéfait.

-Et voici les lettres ! Celles que j'ai ouvertes contiennent des dessins ; pour le reste, vous verrez par vous-même...

Il fut touché. Une petite fille l'avait dessiné tout raide dans son lit d’hôpital avec un grand soleil par la fenêtre et un ange aux grandes ailes blanches au dessus de lui. Une artiste inconnue avait réalisé un très beau pastel représentant un paysage paisible, plein d'arbres en fleurs. D'autres avaient écrit en couleur des messages d'encouragement ou recopié les paroles de ses chansons...C'était émouvant et magnifique et il en tira peu de réconfort. Tu es aimé ! Tu nous manques, George ! Guéris et revient !

-Vous vous remettez encore un peu et vous pourrez tout voir. Je dis voir, pas lire car là, vous en aurez pour un temps considérable...

Cette femme, elle était pleine de tact et d'humour. Il se souviendrait de son autorité tranquille et de son intelligence.

-Pardon votre nom est bien Muller ?

-Christa Muller, oui.

-Je vous suis reconnaissante, madame Muller.

-Je suis touchée mais je fais juste mon travail. Et d'ailleurs, je dois continuer de la faire. Maintenant que vous êtes en meilleure forme, vous avez droit à quelques visites. Il est bien évident que nous vous suggérons de limiter vos entretiens...Enfin bref, voici la liste de ceux qui souhaiteraient vous parler.

OMBRE 4

La liste était longue et George resta dubitatif un moment. Tout ce qui touchait à la chanson et à sa tournée pouvait attendre. Il préférait voir ses sœurs plus tard mais son père, oui, dès que possible.

-Et Kenny Goss.

-Je préviens donc ces deux personnes ?

-Je vous en prie.

-Monsieur Fawaz a laissé de nombreux messages.

-Je le verrai ultérieurement.

Kyriakos vint d'abord. Il était devenu très corpulent et ses cheveux étaient tout gris. S'efforçant d'être affable, il complimenta George sur sa guérison mais celui-ci l'arrêta.

-Oui, c'est en bonne voie mais les médecins pensent que ce sera compliqué pour que je retrouve l'usage total de ma voix. A vrai dire, bien qu'ils y mettent les formes, ils ne se montrent pas rassurant et diagnostique un risque pour mes cordes vocales.

Curieusement, alors que George s'efforçait d'être confiant, ce fut Kyriakos qui parut totalement bouleversé et éclata en sanglots.

-C'est dur pour toi, c'est moche quand même !

-Ce sont d'excellents médecins. J'ai eu une chance folle.

-Mais quand même, une star comme toi !

-Je vais me remettre.

-Ah, je le voudrais bien, Georgios !

Plus tard, le chanteur devait déclarer Ce dont je me souviens, cependant, c'est d'avoir senti une force en moi, sans savoir si j'allais arriver à combattre cette maladie.Si c'était une de mes sœurs qui s'était battu pour sa vie, eh bien j'aurais été absolument dévasté. Pour ma part, cependant, je n'ai jamais réalisé le danger dans lequel je me trouvais avant que tout soit fini.

Mais il semblait que Kyriakos, lui, en avait conscience. Jamais il n'avait vu son fils aussi amaigri et fatigué...

-Calme toi, je t'en prie. Moi aussi, je suis inquiet pour mon inspiration et ma carrière  mais on m'aide énormément ici !

Et il pensa : Parce que le jour où je ne serais plus inquiet, ce sera le jour où je devrais m'arrêter. Je pense que si vous êtes complaisant à propos de votre talent, il peut certainement dériver. C'est un privilège d'être talentueux et de réussir dans le domaine de la chanson. Je vais rester en vie...

Il vit son père se reprendre quelque peu et s'en aller visiter Vienne et le lendemain, quand il revint, il était plus calme. Mais de nouveau, cependant, ce fut lui qui dut rassurer son père et lui transmettre des messages positifs pour la famille. A l'évidence, il était considéré comme un roc et n'aurait pas du faillir...

L'entrevue avec Kenny fut moins délicate. Ils s'en voulaient l'un l'autre de s'être séparés car chacun de leur côté, ils en avaient souffert mais l'Américain se montra pondéré. Il s'inquiéta de la façon dont son ancien compagnon vivait cette étonnante expérience et celui-ci ne put qu'être admiratif :

-Comment vas-tu, George ?

-Je vais un peu mieux. Dis-moi, tu es venu de Dallas...

-Oui, dès que j'ai su que tu étais d'accord, j'ai pris l'avion. C'était important car nous avons été très proches...

-C'est vrai mais nous nous sommes séparés il y a plus de deux ans....

Ils étaient en tension l'un vers l'autre mais avaient encore du mal à se parler, Kenny ayant sans doute peu apprécié que George rencontre si vite ce Libanais avec lequel on le voyait beaucoup en photo.

-Tu as été très en colère...pour tout...n'est-ce pas, Kenny !

-Oui, mais le fait que tu sois loin a été très aidant. Il fallait de la distance.

-Quelqu'un ?

-Pas vraiment. N'en déduis pas que ça me rend faible. La vie que je mène me convient. Je suis regardé pour que je suis. En Amérique, on a détaché mon image de la tienne. Pour moi, c'est parfait. Toi, tu n'es pas seul...

-Non. Je me sens plus proche de lui maintenant. Il est serviable.

-Ah, en ce cas il prendra soin de toi.

-Bon, on ne va pas s'appesantir sur ce sujet, n'est-ce pas...

-En effet, George.

-Tu ne vas repartir demain tout de même...

-Si, normalement...

De nouveau, ils s'observèrent puis George baissa sa garde.

-Viens là.

Kenny se pencha vers lui et il lui caressa les cheveux.

-Tu as eu peur, George ?

-Mais oui !

-Tu vois, je suis là.

Et il l'embrassa sur les lèvres.