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3. Fêtes.

Invitée à New York par son ancien élève Philip Hammer, Isée, jeune enseignante, passe des fêtes de fin d'année inattendues et ambigues.

Je ne m’étendrai pas sur la fête de Noël où, à la veillée, j'allais avec Phillip à la cathédrale Saint-Patrick suivre un office catholique qui le concernait peu puisqu'il était de souche protestante mais me renvoyait à la piété de mes parents, lorsque j'étais petite. Nous nous retrouvâmes chez lui tous les trois pour un de ces jolis dîners que savait lui concocter son employée de maison mexicaine, Juana. Je me posai pas la moindre question sur le fait que nous passions là une veillée très inattendue et me sentit sereine. Le lendemain, loin du bel appartement de Hammer et des décorations raffinées qu'il avait placées çà et là pour évoquer cette fête de la Nativité, il m'emmena chez une de ses sœurs qui vivait à une heure de New York dans une banlieue huppée où elle l'invitait à l'occasion de certaines fêtes. Je fis connaissance du mari de celle-ci, un avocat de renom et rencontrai sa mère qui était arrivée de Boston l'avant-veille. Elle avait effectivement un air très mélancolique. Son père n'était pas là, le couple ayant divorcé sur le tard. Tout dans cette maison respirait l'opulence et Joanna (c'était le nom de cette sœur) veillait avec fierté sur ses quatre fils dont deux étudiaient déjà dans des universités de l'Ivy league tandis que les deux autres (elle n'avait enfanté que des garçons) fréquentaient les meilleurs internats privés. Le dernier -né avait douze ans. Voilà une femme et une mère qui ne laissait rien au hasard. Liz, la plus jeune sœur de Phillip était mariée à un diplomate en poste en Australie depuis peu. Le couple se voyait contraint et forcé de ne pas rejoindre New York cette année-là et s'en voyait navré. Peut-être me serais-je mieux senti s'ils avaient été là car, sur les photos du moins, ils paraissaient plus détendus et sympathiques que ce couple Davidson que je vouais rapidement aux gémonies. Je m'ennuyai ferme et me contentai de jouer mon rôle de gentille française en vacances aux États-Unis et Vincent fit de même à la différence qu'il était victime d'un léger ostracisme dû à son origine sociale et à son orientation sexuelle. Phillip avait la même mais il avait de l'argent et une parole forte. Le contrer revenait à se voir infligé des remarques cinglantes. La journée passa malgré tout et je me dis qu'au moins, je savais ce qu'était une fête de Noël en Amérique chez des gens qui ne manquaient de rien ! Je savais aussi quel poids de stéréotypes les Américains véhiculaient sur les Français ! J'eus droit à la baguette, aux crêpes, à "Je suis Charlie" et au jeune président Macron qui redorait l'image d'un beau pays en proie aux attentats terroristes ! Je répondis je crois à peu près à toutes les questions qu'on me posait et quand nous prîmes congé, dans la voiture de Phillip, je me tins coite. Je regardais la nuque blonde de Vincent et me demandai comment il pouvait se débrouiller d'un pareil univers. Seule dans l'appartement de madame Hammer (j'avais dû la remercier au passage pour son hospitalité), j'écoutais tout le rock violent dont je disposais. Phillip avait mis toutes sortes de cd et de dvd à ma disposition. C'était le moment de se passer les nerfs.

Quand allai-je voir un opéra de Mozart au Metropolitan opera avec Hammer ? Peu de temps après le vingt-cinq décembre. Tout le monde était très habillé. Nous avions de bonnes places et il m'avait offert une tenue. C'était une robe noire qui tombait aux genoux et dont le haut, transparent, était incrusté de perles.

Quand allai-je réentendre Vincent dans les boites où il jouait, seule puis avec Phillip (ou l'inverse) ?

Quand fis-je du patin à glaces au Rockefeller center avec le beau trompettiste? J'étais maladroite et il était aérien.

Quand fis-je seule l'ascension de l'Empire state building et rit en voyant ma photo mise en vente (comme celle de temps d'autres) à la descente?

Quand allais-je faire une excursion en bateau avec Hammer et Vincent pour m'approcher d'Ellis Island et de la statue de la liberté?

Quand fut-il décidé que dormir dans l'appartement de madame Hammer ne me convenait pas et qu'au bout du compte, passer quelques nuits chez Vincent ne me ferait pas de mal?

Quand dînai-je avec eux près de Times Square et me sentis-je prisonnière d'eux ? Je devinai alors que rien ne pourrait bien se terminer. Hammer était ambivalent, m'interdisant Vincent tout en me faisant comprendre l'inanité de mon attirance pour Zacharie. Et Vincent, tout en s'affichant interdit, me provoquait...