FEMME ET BEBE

Pauline, après la naissance de son premier enfant, est heureuse.

L’accouchement venu, elle mesure son erreur d’emblée car son nouveau-né, met du temps à trouver le chemin de ses seins, ce qui la surprend car ils sont devenus volumineux et beaux. Elle pleure quand ce tout petit enfant semble se perdre entre ces deux hémisphères et se montre rassurée quand le sein droit est choisi comme refuge. Tandis que tête un « Julien » nouvellement désigné, elle mesure son rôle et sa fragilité, s’étonne que cela soit à la fois douloureux et bon, que l’enfant soit vaillant et s’endorme avec bonheur quand il est repu.

Les seins, une fois le ventre vidé de ses éléments de vie, deviennent le centre de son existence. Au repos, ils sont vite gonflés et lourds et demandent une libération. D’eux-mêmes, ils suintent et quelquefois, elle les presse pour en faire sortir le lait de la vie, substance trouble et dense au goût changeant qui se livre vite et fait sentir son caractère précieux. Fascinée par l’onctuosité du lait qui suint, d’elle, Pauline le réserve à celui qu’elle nourrit. Et cela donne d’étonnants moments :

-L’enfant se nourrit avidement puis dort.

-L’enfant joue plutôt qu’il ne mange.

-L’enfant se réveille brutalement et demande le sein.

-L’enfant joue avec les seins de sa mère, les touchant maladroitement de ses petites mains fermées ou de ses petits doigts.

Pauline est radieuse malgré les réveils nocturnes, les maladresses et la fatigue qui sourd, quelquefois.

Dans un miroir, elle n’ose longtemps se regarder car sa silhouette déjà ronde s’est encore modifiée : le ventre n’a pas encore repris sa tenue et la poitrine est hypertrophiée. Rien de beau.

Un jour pourtant, elle ose. Juste le ventre. Juste les seins.

Rien n’est laid.

Au contraire, tout resplendit. Alors, elle est contente. De ses seins surtout car dans leur opulence, ils sont un bienfait. Lourds, nervurés de veinules bleutées, les aréoles d’un brun soutenu, ils portent la vie avec excès : mais l’excès provoque et tient en haleine. Ils permettent à un tout petit enfant d’être là, à un compagnon de sourire et à elle d’éclater d’un grand rire intérieur. Celui qui conduit à la vraie joie.