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PERSPECTIVES 1

A Paris, rencontre secrète...

 

Dans la chambre, le silence ouaté de l’attente, la sensation d’un bonheur encore mitigé et le désir de la rencontre. Rien n’est laissé au doute.
Vous devez venir, vous viendrez bel et bien. 
Je vous attendrai parce que c’est convenu.
Pas nue mais peu vêtue, dans cet état délicieux où la peur de mal faire et de déplaire se mêle à l’exaltation, à l’attente du guidage et du plaisir.
Les préparatifs, d’abord : le déshabillage et le bain, comme pour se débarrasser de toute trace du voyage. Car il a fallu longtemps pour arriver à cette chambre anodine où je vous attends et veux être absolument prête. Il faut effacer la route, l’attente à l’aéroport, le trajet en avion puis le train. Jamais de longs déplacements mais une série d’attentes dans des halls et dans d’étroits fauteuils quand je ne me déplace pas. L’eau joue son rôle, le savon aussi et plus tard le lait corporel aux fragrances légèrement épicées que j’étale sur mes jambes, mes bras, mon ventre, mes seins. 
L’habillage ensuite. Choisir une belle lingerie noire relève de l’élégance basique, celle qui, en général, sert le mieux la féminité. Alors, guêpière noire, collant résille, talons. Pas de bijoux. Il faut se vêtir lentement et rester là, en silence. Je sais qu’il aime que je fasse ainsi, alors j’obéis. Je me regarde dans le miroir de la salle de bain puis je me coiffe. Je cherche comment me maquiller et je me plais à redessiner mes lèvres. Je les farde en rouge sombre avant de passer aux yeux et là, je force la note. Je serai fardée plus qu’à l’ordinaire puisque vous attendre dans cette chambre dénote bien une sortie du réel. Yeux marron étirés par le khôl, paupières recouvertes de poudre dorée, cils allongés.
Aux creux des coudes, de chaque côté du cou et sur les cheveux, un parfum que vous aimez et dont le nom, ici, n’est pas dit.
Je suis prête, j’attends.
Il y a les bruits du couloir, que j’écoute et qui sont furtifs. Nouveaux arrivants à l’hôtel, accentuation de l’allemand, du français ou de l’italien et rires qui entrecoupent les dialogues. Femmes de ménage qui s’affairent. Membres du personnel qui vérifie une chambre ou renseigne un client. Et bruit du vent dehors et de la circulation, me parvenant comme étouffé. 
Je reste un moment debout comme pour me persuader que je suis dans le rôle de celle qui reste sur le qui-vive. Une sentinelle reste en alerte alors, me tenant bien droite, je dresse l’oreille et reste bien concentrée sur la porte. Nécessairement, vous frapperez…
Vous êtes celui-ci qui déjoue les plans.
Je me fige dans l’attente car pour une raison ou une autre, vous vous annoncez pour un peu plus tard.
Alors, allongée, je m’astreins au silence et au bonheur qui lui est lié : celui de savoir que vous venez.
Et en effet, je vous sais à un moment précis, attentif derrière la porte.
J’ouvre.
Vous êtes là.
Découpure blonde.