ETRANGE BALANCOIRE

PERSPECTIVES 2

L'heure de la promenade nue...

Il faut reculer tandis que vous avancez. Vous emplissez l’espace de votre rayonnement, de tout ce que vous êtes et cela me ravit. Vous voilà, mince et blond, votre regard clair posé sur moi avec ce mélange de bienveillance et d’exigences qui me déconcerte. La porte s’est refermée. Le contraste est grand entre vous et moi. Vous êtes vêtu chaudement car vous avez bravé le froid et je suis là, dressée sur mes talons, ma guêpière noire dessinant mon corps, les bas résilles galbant mes jambes. Encore un peu vêtue mais proche de la nudité dans le temps même où en veste d’hiver et écharpe, vous me contemplez.

Il y a le temps des ordres qui se succèdent, des agenouillements et des allongements.
Il y a le temps de la nudité.
Vous faites glisser les bretelles de la guêpière et mes seins apparaissent, lourds et pointés. Vous les prenez dans vos mains, les soupesez, les pressez, en faites saillir les pointes. 
Vous me poussez sur le lit et vous dégrafer l’entrejambe de mon beau sous vêtement. Ainsi, mon corps est zébré de noir, le tissu séparant le buste des jambes. 
Vous contemplez le spectacle et votre visage exprime un grand contentement. 
Vous me faites ouvrir les jambes pour contempler ma chatte glabre et vous souriez.
Tout en moi est ouvert.
Je souris à mon tour et de fait, écarte les lèvres, ce qui fait naitre un premier abandon ; le second vient naturellement du léger écoulement qui se fait entre mes jambes, preuve de mon excitation et de mon désir. C’est un autre lâcher prise.
Enfin, si le corps tout dit oui, le mental n’est pas en retrait.
Vous dites souvent que c’est lui qui résiste.
Mais dans l’abandon où vous me voyez, tout est donné et tout est offert.
Vous glissez votre langue dans ma bouche pour m’embrasser.
Vous pesez, encore habillé, sur mes cuisses écartées.
Je sais les pointes de mes seins contre l’étoffe de votre chemise.
Je sais combien déjà je suis offerte et mouillée ; même ce dernier orifice que je n’ai pas évoqué et qui se laisse vite oublier, lui aussi, clame sa faim de vous. Donc, vous le voyez bien, le corps est sans résistance.
Caresses, baisers, étreintes.
Guidage.
C’est l’heure du collier.
L’heure de la laisse.
L’heure de la promenade nue.
Je suis à quatre pattes et vous me promenez,
Vous marchez à pas mesurés et regardez devant vous. L’espace à parcourir n’est pas bien grand.
Je vous trouve merveilleusement attentif. Je suis retenue à temps, je suis guidée ailleurs, je m’arrête, je repars.
Je suis conduite et surveillée.
Je suis gardée et considérée.
Je suis dépendante et j’aime l’être.
Vous êtes le maitre attentif de ce temps de ma vie où, vous appartenant, je parcours pour vous, avec humilité, l’espace qui sera celui de nos jeux futurs.
Quand la promenade est faite encore et encore, vous m’arrêtez.
Le collier reste en place.
Je frémis quand, m’attirant à vous en glissant un doigt entre le cuir et ma peau, vous m’attirez à vous.
Vous m’embrassez.
Je suis heureuse et comme hors du temps.
J’ai fait un grand voyage et je suis là.
On jouera.
On ne fait que commencer. 
Il y a au dehors les mêmes bruits de la ville : voitures et camions qui vont et viennent, vent qui se lève. Et dans les couloirs, des voix diffuses nous parviennent. 
Rien ne nous atteint, ni vous, ni moi.
D’ailleurs, vous entrez en moi et nous nous regardons. C’est comme si, jamais, je ne devais fermer les yeux.
Vous vous répandez en moi et gémissez.
Tout est bien.