MAINS

Parce qu'il a séduit sur ordre, Clive doit rendre des comptes...Ce serait simple si le jeune homme séduit n'était pas captivant...

Il a acquiescé, mon superbe danseur, pis comme je voyais que ça le chavirait un peu, j’ai arrêté tout de suite.

Je l’ai pris dans mes bras et pour atténuer ce que je lui avais dit ce jour-là, je lui ai parlé de son teint. Oui, son teint clair. Le changement était très perceptible : il était beaucoup lumineux. C’était mon foutre et ses propriétés spécifiques…Comme lui, il en avalait régulièrement, il en voyait les bienfaits…

Il a pouffé de rire.

Quand on est arrivé en décembre, il m’avait dit plein de trucs. Je pouvais reconstituer sa carrière ! Il se souciait de Carolyn qui bouffait des ronds de chapeau dans son école de danse au niveau archi-élevé. De temps en temps, il l’appelait. Il ne fallait pas qu’elle lâche. La danse classique, ça ne fait pas de cadeau. Il était bien placé pour le dire.

Entre deux séances de voltige aérienne dans des draps aux couleurs désormais normales (j’avais fini par aller en acheter), il m’a parlé du spectacle dans lequel il allait paraître. C’était un hommage au ballet russe et il y danserait dans Le Spectre de la rose, l’Après-midi d’un faune et Jeux. Pour ce dernier ballet, il avait dû insister mais insister…On considérait que Nijinsky l’avait chorégraphié trop vite, ce qui, de son point de vue, était une aberration. En tout cas, il était fier de le danser. Il y aurait, pour finir la soirée, un ballet de Fokine où ce même Nijinsky, cette fois danseur, avait, en son temps, particulièrement brillé mais j’en ai tout de suite oublié le nom.

Il travaillait comme un dingue et ce spectacle le rendait fébrile. Tout y serait magnifique. Bien sûr, je viendrais.

Et Barney aussi…Il avait peut-être fait les décors et les costumes va savoir. Et pour les costumes, il avait en personne supervisé les essayages du beau danseur qui avait les premiers rôles…Quand même, fallait vérifier que le maillot moulant du jeune spectre tout rose et enturbanné serrait pas trop à l’entrejambe…Hélas, si, ne bouge pas Erik, j’arrange ça tout de suite…je lâche une couture…Tu te sens mieux chéri ? Je reste à genoux ou je me relève…

Oui, j’irais le voir mais fallait pas qu’il donne aussi des billets pour ma femme et ma fille. Kristin, elle était quand même sur le qui-vive, là. Fallait pas en remettre une couche. Il a pigé.

Juste comme je lui rappelais un peu l’existence de ce décorateur pour savoir où ça en était et qu’il demeurait évasif, le voilà qui a réoccupé le devant de la scène, l’incomparable Julian B.

Lui et moi, on « textotait » depuis quelques temps, pardon, on s’envoyait des texto…. Ben oui, les temps changent…Il vérifiait que ça suivait son cours et se montrait ravi de la façon dont Erik me faisait confiance. Ça roulait, en somme, mais jusqu’à quand ?

J’ai failli trouver bizarre qu’il m’invite plus dans ces super-trucs où les snobs se réjouissent chaque seconde davantage de vivre dans le luxe mais bon…

Comme j’en étais à presque le regretter,  quand il a laissé tomber les texto pour embrayer sur le téléphone.

- Dites-moi ce qui se passe entre lui et vous…

- Ben, vous le savez…

- Donnez-moi des détails.

- Des… quoi ? Vous rigolez ?

- Pas du tout.

- Vous savez tout de la sexualité de votre chéri, vous me l’avez dit et vous avez fait des trucs salés avec lui…

- Je vous parle de ce qu’il fait, lui, avec vous…

- Ah, ce coup-ci, ça vous semblera pas « excessif » que je mette la sexualité en avant ? Je croyais qu’il fallait pas que je parle de ça pour me vanter et cacher autre chose. Je me suis trompé, on dirait.

- C’est exact. Alors, où en êtes-vous ?

- Ben, c’est intense…

- Précisez…