GRAFFITI MUR A UTILISER ABSOLUMENT

 

J’ai dit non, pis j’ai fait le contraire. Comment que je te tournais et te retournais, mon joli-joli, comment qu’on allait dans la douche ou dans le placard, comment que je sortais des glaçons du frigo pour te les enfoncer dans son conduit avant d’y mettre la partie de ma personne qui lui apportait le plus de plaisir et comment que ça durait longtemps. Il a voulu savoir pour lui, ses initiatives, ses moments d’intensité. J’ai dit ses mains et sa langue et ses petits hauts le cœur quand il avalait. J’ai dit qu’il avait le teint plus clair, qu’on voyait qu’être rempli comme ça, ça lui faisait sacrément du bien. Pas dérangé du tout, Barney m’a complimenté sur ma virilité et suggéré que j’avais les bonnes mensurations…

-  Ah ben, vous êtes moqueur…Comme c’est surprenant  de votre part !

-Je ne fais que tirer des conclusions sur ce que vous me dites. A ce que je sais, depuis des semaines et des semaines, vous copulez beaucoup et ça ne faiblit pas. Vous avez donc tout ce qu’il faut.

- Allez-y, vous gênez pas. Foutez-vous de moi !

- Je vous écoute d’abord. Rajoutez-en, Clive, rajoutez-en…

Là, ça m’a déplu. J’ai attaqué.

- Il aime la queue avec moi, ton petit mignon et ça te fout la honte, hein ? Pas marrant à ressentir d’autant qu’il revient pas vers toi…

Bon, j’aurais dû le savoir. La réponse a été cinglante.

- C’est quoi, ce ton ? Vous ne savez pas vous contrôler ?

- Fallait que je me lâche…

- Vous risquez de le regretter. Retirez ce que vous venez de me dire et adressez-vous à moi correctement. Oubliez-vous le pouvoir que j’ai ? Je vous paie.

- C'est sûr ça...

- Vous retirez ?

- Je …Oui…D’accord. 

- Reprenez sur lui. Allez, soyez talentueux…J’attends de nouveaux détails.

Mais là, j’ai senti que je ne devais plus lui donner d’éléments. Il en profiterait toujours et au bout du compte, je m’emporterais, je lui dirais des conneries et il me moucherait.

- Non, je dis plus rien. Erik, dans l’intimité, c’est quelqu’un de beau. Ce que je viens de vous balancer, ça me fait du bien de vous l’avoir dit mais je regrette d’avoir parlé de lui de façon triviale. De toute façon, je sais pas décrire ce qui se passe entre vous.

- J’ai trouvé que si. Pourquoi serait-il vulgaire et faux de dire que votre queue lui convient puisque c’est vrai ? En outre, sur d’autres plans, vous lui convenez aussi. Je ne suis pas idiot. L’intimité forte qu’il a avec vous est difficile à accepter pour moi. Je suis conscient de mes limites…

- Vous ? Impossible, ça !

- Pourquoi ?

- Vous êtes bien trop imbu de vous-même…

- Eh bien non, pas en ce domaine. D’une certaine façon, il vous adore. Vous le rassurez, vous lui faites du bien. Et vous êtes mieux que moi au lit, pour ce qui le concerne. C’est une certitude, ça.

- Euh, je préfère rester prudent.

- Dans vos propos ?

- En général, on va dire.

Toujours aussi malin, il a changé de cap, reprenant un ton de voix élégant et poli.

- Bientôt, vous recevrez de l’argent.

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-  Quoi ?

- On va vers la fin de votre mission. Je vous dédommagerai. Vous pourrez ainsi, prendre de plus longues vacances, vous acheter une belle voiture ou une grosse mot ou même un bungalow à la plage ! Bref, vous réaliserez quelques- uns de vos rêves.

- Merci beaucoup. Riccardo Lopez revient du Mexique ?

- Aux dernières nouvelles, oui.

- En cas, ça change la donne ? Erik, je peux le voir ailleurs…

- Je n’en suis pas sûr, Clive…

J’ai eu une drôle d’impression d’autant qu’entre les texto et les coups de fil, il avait dans l’ensemble compris quand on se voyait, Erik et moi.  Je sais pas, mais ça sentait vraiment le coup fourré.

-  Bon, vous me direz comment vous vous organisez…

-  Comment je m’organise ? Vous me rendez perplexe…

-  Ben oui. Pour le retour de Lopez, enfin, ce qu’on fait…

- Très bientôt, Clive, vous aurez tous les éléments en main…

-  Et on sera quittes, alors…

- Oui.

- Erik m’a dit de venir à son prochain spectacle.

- Ah ! Il a réussi à imposer Jeux ! J’en suis ravi pour lui car ça n’a pas été simple. Il va être merveilleux. Et puis, il est aussi au centre d’un montage sur Fokine : vous le verrez en Arlequin, en esclave d’or….Non, vraiment, je vous assure, il s’est battu pour que naisse ce spectacle. Il y a bien Martins, le directeur artistique, qui est danois lui-aussi, mais il n’est pas seul…Je suis très fier de ce qu’il tente !

Il s’est arrêté et j’ai compris qu’il était totalement sincère. A nouveau, j’ai vu l’homme qu’il pouvait être quand il s’occupait d’autre chose que de tisser des toiles d’araignées. Comme interlocuteur, il devait être fascinant et je n’avais aucun mal à croire qu’on s’arrache son travail. C’était juste que j’aurais dû le rencontrer dans un autre contexte ou pas du tout. En fait, pas du tout, ça aurait été mieux.