escalier USA

 

Clive Dorwel retrouve Kristen qui était avec lui au lycée. Revenue à

Newark après l'echec de son mariage, elle tient une librairie :

Comme j’y retournais à la librairie, j’ai dit à Kristen de m’aider à me cultiver un peu…Toujours pleine de tact, elle a fait mine de chercher tandis que je me ruais au rayon enfant. Elle a eu un sourire indulgent et a remis en place un livre de comptines que je brandissais. Elle m’a guidé vers un autre rayon.

Le monde selon Garp ou Hotel New Hampshire…Tiens, prends le second…

- C’est énorme. Tu me donnes à lire un vrai pavé !

- Oui et non. Si tu arrêtes de jouer au jeu auquel tu joues tout le temps, tu peux le lire…Irving est un vrai monument, tu sais…

- Fais-moi le résumé…

- Ne compte pas sur moi.

- D’accord, vends-moi les deux.

- Donne-moi un thème qui te tient à cœur, comme ça, sans réfléchir…

- Ben, les amours gays…

Elle m’a drôlement regardé. Elle savait que j’avais été marié et elle pensait que j’avais distancé « mes fâcheuses orientations ». Ce n’était pas le cas, alors ?

-  Bon, je te trouverai ce qu’il faut mais attention, ce sera bien écrit…Je suis une libraire, je te le rappelle.

- Ah mais bien sûr !

- Tu es blagueur, hein ? Tu l’étais déjà, remarque. Bon et l’autre thème ?

- La trahison

- A quel niveau ? Dans quel registre ? Privé ou public ? En lien avec l’histoire ?

- Quand tu mens tout le temps…

- C’est vague. Il peut y avoir bien des contextes. De Sang-froid, Truman Capote…

- Je sais pas qui c’est…

- Clive ! C’est faux…

- En fait, je voudrais des livres qui mélangent les deux thèmes.

Elle les a trouvées et je les ai lus. Mais la trahison sous un angle gay, ce n’était pas une bonne idée. Il me regardait de nouveau, l’autre, le danseur au beau visage. Il était dans la rue après l’expo naze et il m’écoutait parler en restant sur ses gardes et il avait ce mélange de retenue et d’amusement qui m’était allé droit au cœur. Il ne savait rien encore. Tout pouvait arriver…

Je suis revenu à la littérature générale, avec des thèmes élargis et, en quelques moi, je suis devenu un lecteur correct. Je m’étais ingénié à tout oublier de mes années de lycée où j’étais loin d’être ignare et de refuser de lire. C’était juste cela, suivant Kirsten. Elle avait un peu raison.

Bon, fort de Philip Roth, d’Updike, de John Irving, de Paul Auster, j’ai enchaîné sur les femmes « brillantes » dont mon amie me conseillait les écrits : Joyce Carroll Oates entre autre. Et bien sûr, je n’égrène pas la liste. Elle, elle lisait depuis des années et des années et elle en avait fait sa profession. Moi, tout d’un coup, j’acceptais…

Elle ne faisait aucun commentaire négatif mais m’encourageait. Notre connivence a commencé comme ça puis elle s’est poursuivie.