FRONT

Paul, réfugié politique ambranien, n'a jamais été critiqué pour ses positions en Angleterre. Il l'est depuis qu'il écrit sur la dictature qui gangrène son pays.

Daphné constatait qu'une certaine presse ordurière faisait de son mieux pour s'en prendre à lui. Bien peu de lecteurs en vérité et beaucoup de bruits pour rien, certes, mais Paul manquait parfois de distance...

-Tu ne dis rien au hasard. Tes écrits sont fondés, on te l'a renvoyé cela !

-En tant que journaliste et observateur, je me dois d'être prêt à être contredit. Je le suis même si les attaques viennent de groupuscules d'extrême droite. Malgré tout, ça m'atteint...

-C'est compréhensible...

-Mais ça augmente mon audience ? Tu es plus calculatrice que moi, Daphné !

-Je suis judicieuse. De toute façon tu vas continuer d'écrire...

-Pas pour le moment. J'ai besoin d'une pause.

Il voyait juste. Il fallait l'extraire de Londres !

-Tu as besoin de vacances !

-Je peux rester à Londres. Cette ville est inépuisable. Je ferai des visites...

-Non, viens à la campagne ! Londres, tu n'en bouges quasiment pas depuis deux ans et demi !

Elle voulait lui faire découvrir les terres familiales. Cette idée plut à Paul qui se vit en châtelain avant de l'inquiéter. Cesserait-on de l'attaquer parce qu'il se prélassait chez les riches ? Il pensa que non puis céda à la gaîté de Daphné. Après tout non, il ne s'agissait que de deux livres...

-On va se détendre ! Tu vas voir : c'est beau là-bas !

-Je n'en doute pas.

Une première année mouvementée, une seconde passée à écrire, la vie anglaise, cette jeune femme amoureuse, c'était beaucoup !

 

Pourtant, alors qu'il préparait ses bagages, il trouva une enveloppe glissée sous sa porte. Elle était blanche et était doublée de rouge. Quand il l'ouvrit, il trouva une feuille pliée en quatre. Elle ne comportait qu'une ligne :

 

Paul, deux livres publiés

tes bavardages insupportables

ça va suffire ?

 

S'il n'avait été à Étoile, Paul n'aurait pas fait grand cas de ce message. Il pouvait après tout émaner d'un voisin de palier peu aimable qui n'aimait pas ses manières. Mais il avait été emprisonné et malmené. Et de plus, Nikivst, le chirurgien suédois, avait évoqué une empreinte psychique difficile à neutraliser. Ce message était un avertissement, il en avait pleine conscience. Il ne le détruisit pas et le rangea dans un tiroir. Comme il refermait celui-ci, il vit deux yeux bleus qui le scrutaient. C'était ceux de l'instructeur Winger.