Lord BRIXTON

Paul est épris de Daphne Brixton, une jeune aristocrate anglaise, mais des réserves sont faites sur sa famille...

De retour à Londres, Paul s'accorda encore plusieurs jours de vacances et fit du sport. Il fit le plein de films aussi, passant d'un cinéma à un autre. Rencontrant dans une file d'attente un de ses collègues de l'école de journalisme, il fut surpris de ce qu'il apprit.

-Tu as une liaison avec Daphne Brixton ?

-Oui.

-Elle est belle, tu as raison.

-Je suis amoureux d'elle.

-Tant mieux. Tu as vu son père ?

-Oui.

-Que sais-tu sur lui ?

-Pas grand chose.

-Lord Brixton adore, comme il a du te le dire, Homère, Eschyle et Pindare mais il aime beaucoup l'extrême droite, les nostalgiques du nazisme et les fascistes qui font encore la loi dans certains pays dont le tien...

-Tu plaisantes ?

-Non, Paul. Il écrit des pamphlets, ce monsieur dans des revues et sur des sites qui ont de quoi nous horrifier. Cherche et tu verras.

-Comment ça ? Il signe de son nom ?

-Il a des pseudos.

-Daphne le sait ?

-Je n'en sais rien. Ce qui est sûr c'est un homme comme lui ne peut que détester quelqu'un comme toi. Tu es tout ce qu'il rejette : démocrate, patriote, courageux...

-Lord Brixton connaît des ambraniens favorables au régime de Dormann ?

-C'est évident.

-Il pourrait s'en prendre à moi ?

-Oh, il n'est pas stupide : tu es à la mode. Mais il connaît sans doute des gens qui n'ont pas exactement les mêmes idées que toi. Heureusement, il adore la France et l'Italie et voyage beaucoup.

La file avançait vite et bientôt, ils furent dans la salle. Quand le film fut terminé, Paul remercia le journaliste.

-Pour ce qui est de lord Brixton, je vais me renseigner. Elle, sa femme, ne pose pas de problème ?

-C'est à voir.

-C'est à dire ?

-Elle est lettrée à ce qu'on dit et je n'en sais guère plus. Pas impossible qu'elle sache parfaitement ce dont son mari est capable et que, sans rien cautionner, elle soit plutôt d'accord.

-Charmant...

-Je ne dirais pas ça, Paul...

-Et lui, a des adeptes, ici ? C'est bien ce que tu as dit.

-Bien sûr, Paul et ils sont actifs.

Ils se quittèrent. Paul fit des recherches. La prose de Lord Brixton qui choisissait des noms de plumes évoquant des oiseaux de proie, avoisinait celle de Dormann. L'Angleterre eut-elle été une dictature, il aurait adoré. Pas étonnant qu'il reçoive des cavaliers dont le physique évoquait les jeunes fascistes ambraniens...

Que fallait-il faire sans que Daphne fut directement impactée ? Sachant qu'il ne pouvait être frontal avec elle, il décida de reporter ses projets personnels et de se préoccuper du sien. Elle avait écrit un premier roman policier qui avait été publié grâce à l’entregent de son père sans que la critique ne le trouve intéressant et que le public n'ait envie de le lire. Elle à qui tout avait toujours réussi, en était vexée. Puisqu'elle ne s'avouait pas vaincue, il se proposa de l'aider à concevoir un nouveau roman. Il fallait une bonne intrigue, des personnages solidement construits et un policier ou un détective d'envergure qui occupe le premier plan. Ils se mirent au travail. Rapidement, Paul comprit qu'il avait l'avantage. Daphne était très imaginative mais elle n'était pas rigoureuse or il fallait que l'intrigue fut bien construite et que les indices qui permettraient aux lecteurs les plus habiles de repérer le coupable ne fussent pas introduits au hasard.