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Paul évoque les femmes qui l'ont marqué: Daphne et Eva en Angleterre et bien sûr Lisbeth, sa forte épouse.

Au psychiatre, il dit :

-Les femmes sont fortes et je les admire. Je suis toujours amoureux de Daphne que j'ai blessée mais je respecte son silence plein de force ; et j'ai admiré Eva d'assumer ses désirs même si elle a très mal fini à cause de ceux-ci. Ces histoires sur l'infériorité de la femme m'ont toujours paru intolérable. Mon père, le philosophe, n'a jamais tenu un seul propos misogyne et ma mère, quant à elle, n'a jamais regretté d'en être une. En Ambranie, du reste, avant que les choses ne se gâtent, elles avaient beaucoup de droits. Elles votaient, pouvaient enseigner à l'université, jouer un rôle politique et bien sûr elles étaient financièrement autonomes. Dormann, quand il s'est approché du pouvoir, a fait mine de trouver cela parfait et bien sûr, dès qu'il l'a pu, il leur a retiré tous leurs droits, y compris celui de ne pas garder un enfant non désiré et de divorcer. Je comprends que Lisbeth se soit mise en colère ! Et bien sûr, la connaissant, il ne fallait pas s'attendre à beaucoup de discrétion de sa part. Avant d'être contrainte à la fuite, elle a été très militante.

-C'est un discours plein de flamme !

-Quand le vent a commencé à souffler, elle s'est démenée comme journaliste tandis que je faisais le dos rond puis Dormann est arrivé à la tête de l'état et s'est arrogé les pleins pouvoirs. A partir de là, il a fait passer toutes les lois qu'il voulait puisque les deux assemblées ne comptaient plus. Il poursuivi les intellectuels et muselé la presse et bien sûr, il a fait établir des listes de suspects. Et nous avons fait tout ce qui était possible pour que Colin et Lisa sortent du pays. Elle m'a dit qu'elle ne se tairait pas et j'ai recommencé à l'aimer comme au début. On m'a fait une offre ronflante, qui cachait un ordre, pour travailler dans un journal à la solde du pouvoir et j'ai dit non. Vous voyez, c'est curieux, j'étais plutôt lâche et elle était une vraie battante mais quand j'ai reçu cette proposition, j'ai changé. L'incertitude a régné quelques temps puis, il est devenu clair qu'on allait l'arrêter. Elle est entrée en clandestinité. Elle était plus informée que moi en ce domaine et je n'ai même pas su où elle s'enfuyait. Elle avait raison. Les arrestations étaient nombreuses et on frappait ceux qui étaient emprisonnés pour qu'ils parlent...J'ai encore reçu une proposition pour travailler dans je ne sais quel ministère et écrire des discours pour un des sbires de Dormann. Cette fois, si je disais non, je passais sur la liste. J'ai juste eu le temps de récupérer une partie de notre argent. J'avais dit non, ils ont gelé nos avoirs et pour ce qui est de nos biens immobiliers, ils ont préparé des ordres d'expropriation. J'ai beau être distrait parfois, j'ai trouvé très vite à qui m'adresser et c'est parti comme ça...Au début, je n'avais pas compris, imaginez-vous que j'avais une valise !