SOPHIE SOPHIE

Elle s’appelait Sophie Gomez-Laffite et je ne l’aurais certainement pas remarquée si elle ne s’était pas débrouillée pour que je la voie. Elle avait un an de plus que moi, ce qui lui donnait dix- huit ans. Je ne pourrais pas dire qu’elle était belle car outre le fait qu’elle était petite, elle avait un visage d’un ovale imparfait ou deux yeux bleus assez beaux étaient surmontés de sourcils épais , trop arqués et surtout se rejoignant presque. Avec cela, elle avait une bouche aux lèvres trop minces et un teint assez terne. Sa silhouette souffrait d’une dichotomie : si son buste, ses hanches et ses jambes étaient d’une impressionnante minceur, sa poitrine était trop développée et formait avec le reste de sa personne un contraste déplaisant. Bref, Sophie n’était pas attirante et le savait. En outre, elle parlait peu.

Vous devez vous demander comment cette jeune fille au demeurant effacée et banale se rapprocha de moi. Elle m’écrivit. Je reçus d’elle, par l’intermédiaire d’un camarade de classe qui nous connaissait tous deux, un petit carnet de notes à pages blanches et belle couverture rouge et une lettre dans laquelle elle m’incitait à la connaître. Je ne sais pourquoi je sentis immédiatement que quelque chose se passait. Un frémissement se fit en moi. Je sentis une alerte.

Quand je parlai avec elle, la première fois, elle me fit comprendre qu’elle n’était pas de ces jeunes filles qui cherchent un attachement des plus conventionnels mais qu’elle voulait servir et obéir. Je vois que cela n’est pas crédible à vos yeux car un profane ne peut imaginer qu’une jeune fille se comporte ainsi.

LETTRE sm

Elle logeait avec sa grand-mère, cette Sophie Gomez-Lafitte et celle-ci vivait tout de même dans un appartement de cent mètres carrés en plein quartier du Marais. A priori, elle n’avait plus ses parents mais sa grand-mère la traitait bien. Elle n’était ni prisonnière ni isolée. Les vacances se passaient à Madrid ou à Rome et l’argent ne manquait pas. En outre, bien que d’un physique un peu disgracieux, Sophie était intelligente, déjà polyglotte et cultivée. Elle aurait sans difficulté trouvé un petit ami conventionnel, peut- être pas très beau mais poli et de bonne famille. Elle me choisit moi !

Ce fut une période étrange. Je fis attendre la jeune fille en lui faisant comprendre que j’étais conscient du caractère de sa demande. Celle-ci exigeait une importante prise en charge et je me devais de bien réfléchir. Je lus encore et encore. Je tentai d’organiser ma pensée. Je me dis que c’était peut-être une aubaine pour moi mais qu’une fille plus belle pouvait apparaître…Je lui fis comprendre que je n’étais pas sûr de lui répondre et en même temps, je la testai. Je lui demandais de s’habiller de telle ou telle manière, de se coiffer de telle ou telle façon et de ne manger que certains aliments certains jours. Elle le fit.

Je lui fis écrire des textes sur des thèmes variés, comme celui de l’appartenance ou de l’abandon. Elle le fit, avec une certaine naïveté je dois vous l’accorder, mais aussi avec une franchise et une détermination qui, aujourd’hui encore, m’effraient un peu. Les textes de Sophie, je les ai malheureusement perdus : ils étaient brûlants.

Elle m’écrivait par exemple

«Vous aurez de moi tout ce qui peut être donné, à commencer par mes seins et mes trois orifices. Vous en userez jusqu’à plus soif, vous qui êtes celui à qui je me remets… »

Et d’autres choses dans le style.