JAMBES 1

Avant d'avoir avec Jeanne des jeux BDSM, celui-ci doit mieux la connaître. Elle raconte donc...

Assise en face de moi, les jambes croisées, elle m’expliqua qu’elle trouvait formidable l’opportunité de vivre dans ce quartier et qu’elle avait beaucoup d’indulgence pour celle qui avait ainsi décoré et meublé un espace qu’elle aurait agencé d’une tout autre manière. Elle avait longtemps vécu « chez elle » ou plutôt « chez eux ». Ce n’était pas désagréable de se retrouver du jour au lendemain « chez quelqu’un d’autre ».
Je lui dis que je comprenais mais que je souhaitais savoir si, malgré tout, l’appartement lui étant momentanément laissé, elle avait réussi à organiser un espace personnel.

Oui, bien sûr, là où je dors.
Je demandai à voir. Elle hocha la tête.
Elle avait, en effet, transformé le décor d’une chambre en changeant la couleur des rideaux et du dessus de lit et en retirant toutes les décorations qu’elles soient murales ou autre. Elle avait enlevé un miroir aussi. Ce n’était pas le décor neutre et un peu sévère vers lequel elle tendait mais elle estimait avoir créé un espace plus rigoureux. Je notais qu’il régnait là un parfum d’austérité et cela ne me déplut pas. Je notais aussi qu’elle ne manifesta pas d’émotion particulière quand j’observai ce décor et demandai à voir ce qu’elle rangeait dans ses placards et tiroirs. Elle ouvrit une armoire où je découvris ses robes, ses chandails et ses jupes. Je notai qu’elle portait peu le pantalon et j’eus un sourire intérieur…Je contemplai ses chaussures et en ouvrant et refermant des tiroirs, je trouvai d’autres vêtements et bien sûr des sous- vêtements. J’entraperçus de belles choses ajourées et ne pus m’empêcher de regarder à la dérobée puis franchement celle qui me faisait ainsi les honneurs de sa garde-robe. Elle demeurait droite, toute tendue sur ses hauts talons et je la trouvais bien plus belle que la première fois. Je crois qu’elle était heureuse que je voie cela d’elle car cela ouvrait l’idée que peut être c’est moi qui choisirais certains vêtement et certaines pièces de lingerie, quand l’envie m’en prendrait et qu’elle serait toute contente de se laisser ainsi faire.

JAMBES 3


Elle se livrait donc un peu.
Il serait de bon ton de vous dire que nous en restâmes et passâmes une « soirée délicieuse » mais ce serait faux.
Elle avait fait mine, dans son annonce, de vouloir rencontrer un univers dont il était évident, dans les réponses faites, que j’avais une bonne connaissance. Il était temps de savoir ce qu’elle avait fait avant et si elle était si innocente. J’attaquai en ce sens. Sa relation avec l’homme de Nancy, comment avait-elle été ? Elle ne parut pas surprise de ma question et me dit que cet homme n’avait pas été le premier à être important dans sa vie. Elle avait eu un amour de jeunesse, douloureux et beau comme peuvent l’être ces amours là mais à vingt ans tout s’était arrêté. Il avait voulu partir en Australie. Elle n’était pas comprise dans le voyage ! Le fait d’être enceinte n’avait pas retenu le garçon mais il est vrai qu’elle l’avait averti tardivement. Il avait juré revenir vite. Il ne l’avait pas fait. C’était un être énergique et curieux. IL possédait une grande énergie et il avait de grands rêves. Elle avait le souvenir d’années merveilleuses, car ils s’étaient connus longtemps et le fait d’avoir été seule pendant sa grossesse et à l’accouchement l’avaient moins affectée qu’on ne l’aurait cru. Elle repensait à cet amour, cela lui faisait beaucoup de bien et pendant des mois elle s’était accrochée à l’idée que cet homme, qui l’avait aimée quand elle était toute jeune et ne lui avait, d’après ses dires, jamais menti, resterait droit et reviendrait vers elle. Mais à Sidney où il s’était établi, il avait dû changer d’avis et jamais il n’était revenu à Nantes où elle vivait alors ; du moins, pas dans ces années-là.
Elle avait élevé son garçon.
Elle avait rejoint le camp familial.
Cela aurait pu durer comme ça longtemps.
Mais elle était absolue.