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Ce que je veux dire c’est qu’à peine arrivé, je fus happé par une beauté si puissante et si parfaite que tout le reste devint secondaire. Je gagnai mon bel hôtel dont le hall raffiné évoquait par ses fresques l’univers des Princes de la Renaissance qui avaient marqué la ville de leur sceau. Ma chambre, tendue de brun, était d’un raffinement exquis avec ce mélange de négligé et d’ordonnance que je n’ai vu, je crois, qu’en Italie. Le lit avait de hauts montants de bois tourné, il y avait bien six miroirs dans la pièce et bien plus de reproductions de tableaux. On avait disposé pour me souhaiter la bienvenue une coupe de fruits de saison près d’un grand bouquet de fleurs fraîches et j’admirai qu’on eût posé sur mon bureau de petites statuts d’amours joufflus. Tout était là d’un luxe discret et d’un goût sûr et il me plaisait de savoir qu’en écartant les rideaux de la fenêtre, je verrai l’Arno et les altières maisons qui le bordaient.

Je me prélassai, content d’être là. J’irais le soir même retrouver Charlotte et Gian Paolo Riversi, des amis de longue date que je retrouvais régulièrement en Italie. On mangerait une de leurs excellentes glaces et on se mettrait d’accord sur notre emploi du temps. Bien que vivants en Italie, ils étaient milanais, lui d’origine, elle d’adoption. Il parlait un merveilleux français dont le phrasé me surprenait toujours. Il y a si longtemps que je les connaissais !

Je m’assoupis presque puis, me secouant, je pris une douche et commençai à marcher dans la ville. Je dînai seul d’une viande et de légumes, accompagné d’un verre d’un délicieux cru italien puis je les retrouvais. Il était, lui, de haute taille, d’une minceur confinant à la maigreur et d’une élégance sans faille. Elle était son opposé physique : ronde et assez petite, rieuse quand il était sévère et volubile quand il choisissait ses mots.

Place de la Seigneurie, dans ce décor à la fois fantomatique et écrasant que la nuit rendait plus somptueux encore, nous nous sentîmes gais et si vivants. Demain, nous irions aux Offices et nous retrouverions cette « Naissance de Vénus » qui avait hanté mes nuits de jeune homme mais aussi les Dürer, les Raphael, les Andrea del Sarto et les Veronese. Il y aurait aussi les Bellini, les Titien, les Rembrandt et les Perugino. Et bien sûr, je reverrais les tableaux de Vinci.

Tout ce qui était moi ne fut ce soir- là que préoccupé par cette nouvelle visite. Gian Paolo avait ses salles de prédilection et disait en riant qu’il risquait de s’y attarder et de laisser poursuivre notre route. Charlotte se montrait faussement offusquée que je n’eusse pas mentionnée les Michel Ange ! Il fallait tout de même être amnésique…Je souris à cette remarque et lui rétorquai qu’elle aussi avait oublié bien du monde dans sa liste : Bellini, Giorgione, Pontormo…Et ainsi de suite.

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La soirée était merveilleuse. Je regardai au milieu d’une foule dense de touristes les florentins qui s’étaient glissé là. Ils venaient des sphères aisées de la société et adoptaient une délicieuse nonchalance. Leurs vêtements tout autant que leurs chaussures et leurs montres dénotaient tout un code de raffinement ;

Les hommes portaient des chemises blanches de belle qualité, des pantalons aux teintes claires et des chaussures de cuir fin, portés à même la peau. En robes discrètement luxueuses ou en jeans de marque agrémentés de merveilleuses blouses décolletées, les femmes affichaient ce type d’élégance que je n’ai vu qu’en Italie. Ces gens- là étaient beaux ou le devenaient par la magie de leurs poses et de leurs sourires.

Tout en devisant avec mes amis, je m’amusais à les contempler. Le rouge à lèvres des femmes, leur décolleté savant et leurs escarpins allaient de pair avec le savant négligé des hommes qui connaissaient les belles matières. Et tout allait de pair ; les montres coûteuses étaient discrètes au poignet, le cuir des escarpins et des mocassins étaient de très belle qualité et les parfums portés par eux souvent fleuris et bien estivaux.

Tout ce monde- là était beau…

Je rentrai à l’hôtel et lut mon guide de voyage jusqu’à une heure avancée. Anna m’avait demandé de lui dire comment s’était passé mon voyage : je ne lui dis rien. J’étais sûre qu’elle en serait blessée…

Le jour suivant, nous fîmes la queue pour les Offices comme on la fait pour le Louvre. Je vous épargne les détails de notre visite. Je sais qu’au bout de deux heures et demie – c’était le délai que nous nous étions accord – nous nous retrouvâmes. Gian Paolo me parla de Vinci avec ferveur. Charlotte parla de Raphaël et je m’en tins à Botticelli. Autour de nous, une foule dense faisait de même, échangeant des compte- rendus…

Le coup d’envoi de notre séjour était donné : je sus d’emblée que ce serait magnifique. Quelquefois, voyager avec un couple est déplaisant car il y a toujours un moment où il fait « bande à part » ; dans mon cas, je connaissais bien et l’autre. Il était difficile de ne pas trouver ces gens attentifs et délicats. Je crois qu’ils auraient préféré que j’aie retrouvé une femme et je les comprenais puisqu’au temps de mon mariage, nous avions voyagé à quatre…