ITALIENNE 2

Comme ils voyaient bien que ce temps béni ne reviendrait pas, ils faisaient contre mauvaise fortune bon cœur et ils s’accommodaient du célibataire que j’étais redevenu. Au fond, le contraste que nous formions les amusaient. Ils se disputaient peu et, en voyage, trouvaient stupide d’avoir des conflits pour des choses aussi simples que l’ordre de visite des musées où le temps passé à faire de la marche à pied sous un soleil parfois incommodant. Si l’un était perplexe ou mécontent, il le disait à l’autre et on parlait. Cette sagesse avait sur moi un effet apaisant. Vous aurez compris que je ne suis pas d’une nature simple et qu’il m’arrive de m’emporter ; Alors, la présence de ces deux voyageurs paisibles dans une ville aussi belle comme dans bien d’autres au fil des années avait été et était toujours un vrai bonheur.

Mais bref. Vous préférez sans doute savoir comment se déroula la semaine ? Ce fut très bien. Nous marchâmes encore et encore dans Florence avant de nous échapper sur les extérieurs. Gian Paolo fut préposé à la conduite d’une Fiat toute rouge, confortable et rutilante. Il y eut des arrêts dans cette campagne toscane qui donne au visiteur l’idée qu’il s’est peut être trompé d’époque et qu’au quinzième siècle, il aurait vu les mêmes collines bleutées, senti la même douceur de l’air sur sa peau et observé la même ligne sinueuse de cyprès conduisant, sans qu’on l’ait vu d’abord, vers une petite église solitaire ou une belle maison entourée d’un jardin de maîtres…

Je me souviens encore de Charlotte s’achetant une petite sculpture d’ange et de mon ami relisant Pétrarque et me le citant en italien et en français.

Je me souviens de tant de choses de cette semaine toscane !

Mais, me direz-vous, est-ce bien important de vous donner mes impressions de visite du Bargello ou du musée de l’Académie ? Ce que je vais en dire ira bien sûr nourrir le courrier des lecteurs d’un guide touristique au même titre que mon appréciation de l’hôtel que j’avais choisi.

Alors, en effet, je peux m’abstenir.

Ce qui est important, c’est ce que je fis d’elle, la femme de Paris, pendant cette période.

Chaque soir, elle me laissa un message, comme demandé et chaque soir, elle me laissa une photo d’elle.

Je demandai d’abord à ce qu’elle me ne montrât que ses vêtements, devenant pour l’occasion, une sorte de mannequin sans tête. Elle fit cela deux soirs de suite, dévoilant deux robes austères et mal coupées. Elle avait les bras le long du corps.

ITELIENNE 1

Le troisième soir, elle me présenta un visage nue : pas de maquillage, pas de sourire, le regard fixe et tendu vers moi. Vous serez surpris de constater que loin de me déplaire, ce visage sans charme affiché me plut. Il y avait une certaine douleur qui apparaissait là…Je ne sais. Elle donnait quelque chose d’elle, une part d’ombre qu’elle laissait arriver à la lumière….

Le quatrième soir, elle montra un visage fardé et savamment coiffé. Elle ne souriait toujours pas mais cette fois paraître sa beauté. Car, ne vous y trompez pas, cette femme que je déguisais en quelque sorte en l’habillant mal, n’était pas laide, loin s’en faut. Elle restait grave sur la photo mais ses yeux brun-vert avaient une expression heureuse que je lui avais déjà vue ; le maquillage sculptait ses joues et agrandissait ses yeux. Ses lèvres étaient fardées d’un beau rose lumineux ; elles s’écartaient légèrement. C’était une belle image.

Le cinquième soir, elle redevint, à ma demande, une femme sans visage mais cette fois, elle avait pour consigne de porter une jupe. Seulement une jupe…Elle avait toujours les bras le long du corps et sur son buste très féminin, ses beaux seins lourds se dressaient, non sans fierté. Je notai leur consistance. Les tétons n’étaient très larges, comme ils peuvent l’être et leur teinte me plut car elle était d’un rose foncé assez joli en somme.