SI NUE

1. Entrée en matière.

Jeanne fit ce que je lui demandai. Au retour d’Italie, je l’appelai et lui indiquai l’adresse d’un studio près de l’Étoile. L’avantage de ma profession et de mon statut est que j’ai des relations variées. Il est bien connu que l’on peut avoir l’air de mener une vie fort droite tout en ayant une existence parallèle, bien plus érotisée. C’est mon cas et celui de beaucoup d’autres. En l’occurrence, ce fut le fait d’avoir croisé un de ces « autres » et d’en être devenu sinon l’ami du moins le proche qui me donna les clés de ce studio. Il était, il faut le dire, d’un aménagement peu conventionnel mais je réserve la description…

Je ne vous ai sans doute pas précisé ma profession : je suis haut fonctionnaire et je travaille à la Cour des Comptes. « L’ami » que j’évoque est, lui, en poste au ministère des Affaires étrangères. Nous avons le même âge et le même goût pour les apparences bourgeoises, celles du moins qui ont trait à l’élégance vestimentaire. Extérieurement, cela suffit, je crois, à nous apparier mais nous avons bien d’autres points communs…

Bref.

Elle dut faire le trajet qui menait du Luxembourg à l’étoile au début de la nuit et portait sous son imperméable une tenue destinée à me surprendre.

Elle m’attendit dans un lieu qui dut beaucoup la déconcerter et, bien entendu, je la fis attendre.

Elle devait bien être dans les lieux depuis une heure quand, n’ayant toujours pas quitté mon domicile, je vis s’allumer l’écran de mon portable. C’était elle, bien sûr, qui venait aux nouvelles, lasse d’attendre debout et silencieuse, dans un décor dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était surprenant pour elle.

Je ne lui répondis pas.

Elle comprit qu’elle avait fait un impair car elle n’insista pas. Sa voix, sur le message laissé sur mon répondeur, était douce et hésitante.

Elle disait en substance :

«  Je ne sais où vous êtes. Je suis en pleine confusion. Viendrez-vous ? »

L’inquiétude qui émanait d’elle était, à cet instant, palpable.

Je quittai mon appartement des Invalides, bien vêtu comme toujours et j’emportai avec moi un sac de sport.

J’avais, d’Italie, rapporté de belles chemises et des chaussures de cuir, pleine peau, que je portais, comme ils le font, sans chaussette. J’étais ce soir là, sinon beau, du moins très séduisant et j’en avais conscience. Du reste, il faisait beau et chaud. Août brillait. En chemise et pantalon clair, une montre de luxe au poignet, je conduisis nonchalamment en pensant à elle.