SEINS

Je lui dis que dès qu'elle n'aurait plus d'obligation professionnelle, elle logerait sur les Grands boulevards et qu'elle serait ravie de l'appartement que je lui réservais. Comme je la voyais radieuse et que l'heure du déjeuner approchait, je lui dis de me suivre dans un restaurant exquis que j'avais jadis fréquenté. Elle choisit ce qu'elle voulait, ce qui parut la surprendre et je lui fis boire du champagne. Physiquement, elle était transformée. La femme que j'avais vu entrer dans le café portait un manteau gris et une robe gris et rouge sans élégance particulière. Celle du restaurant, recoiffée et légèrement fardée offrait un beau visage équilibré et une silhouette plus attirante. Elle était nue sous sa robe, je le savais et portait non des collants mais des bas jarretières. Elle fit des efforts, je le vis, pour ne jamais croiser les jambes et tenir ses lèvres descellées et le plus souvent, elle garda les yeux baissés. Le désir physique, qu'elle tenta de dissimuler d'abord, se fit plus violent et je pus le lire, par instants, sur son visage, quand elle ne contrôlait pas. Ne croyez pas que j'y fus insensible, car ce fut pas la cas mais je vous ai dit avoir développé fort tôt un goût pour la domination...En pareil cas, emmener Anna dans un lieu où je l'aurais possédée aurait été une faute.

Je la revoyais. Je posais mes conditions. Cela suffisait...

Elle comprit à la fin du repas qu'elle n'aurait de moi que quelques sourires succédant à des commentaires sur les talents reconnus du chef de ce restaurant et la haute qualité des vins et des champagnes qu'on y servait. Elle eut l'intelligence de s'en contenter.

Tandis que je la raccompagnais, je lui fis une présentation rapide de consignes auxquelles elle devrait se conformer et lui souhaitait une bonne journée....

Vous le voyez bien, elle ne s'attendait à rien de ce qui allait lui arrivait.

Mais elle avait dit « oui ». Et ce « oui » allait l'engager sur des voies difficiles...

Pour l'instant, elle était heureuse.