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Rien à voir donc avec ce logement-ci. Il appartenait à Danièle Defortin que j’avais connue au temps où j’étais encore mariée. Danièle avait été professeur de lettres jusqu’à ce qu’elle acceptât qu’elle se trompait de route. Ce qu’elle voulait, c’était non pas corriger des dissertations mais sculpter ! Oh, ce n’était pas une lubie. Elle faisait depuis longtemps de la sculpture et on lui avait souvent dit qu’elle était talentueuse. Seulement, elle n’en pouvait plus de ne pas en faire une profession ! Elle avait trente- sept ans, un mari bienveillant et deux enfants adolescents : il lui fallait se lancer ! Elle l’avait fait, courageusement et Diane avait été une des premières à l’exposer. Danièle sculptait des femmes longilignes et souriantes et passait d’un matériau à un autre. Elle finit par aimer le marbre et le marbre l’aima ; elle expose toujours et a la cinquantaine désormais. Elle vend très bien. Elle a divorcé de son gentil mari et vit en Espagne, près de Valence avec un nouveau compagnon et elle sculpte régulièrement. Ce petit appartement, elle le garde. Il lui sert de pied à terre quand elle vient à Paris. Tout tendu de blanc, il est sobrement meublé mais tout y est d’un luxe discret. Tout y est original aussi. Danièle a accroché aux murs des esquisses, des sanguines et des photographies faites par des amis à elle. Bien sûr, elle y a laissé certaines de ses œuvres, toutes petites et gracieuses. Elle a, dans sa vie, acheté beaucoup de livres d’art et en a laissé un certain nombre dans ce petit appartement. Cette présentation vous indiquera, je pense de façon claire, dans quel lieu je laissais Jeannz. Elle y fut extrêmement ravie…

Mais, me direz-vous, pourquoi la traiter aussi bien après l’avoir souvent humiliée ?

Pourquoi faire venir tant de gens et ne pas aller la voir ?

Pourquoi l’installer dans l’oisiveté en lui rendant proche le luxe ?

Il fallait bien qu’elle connut cette belle liberté  après avoir été si conduite et malmenée ! Je me bornais à lui demander, dans ma grande mansuétude, le compte-rendu de ses journées : ressenti de massage, lecture, musique écoutée, promenade, petits achats. Je voulais qu’elle se sentît libre, détendue et que de fait, elle pensa être mon amante. Il ne pouvait en être autrement car elle était dans une sorte de parenthèse où tout prêtait à confusion.

Elle tomba dans un grand abandon et, solitaire néanmoins courtisée par ceux que je lui envoyais, elle se sentit vraiment à moi.

En somme, elle était désormais rompue.

Je sais, je sais bien que ce type de discours ne suffit pas…Une femme ne peut accepter un certain avilissement puis une telle élévation sans avoir une faille, un déséquilibre qui explique cela. Soit.