cinquante

1.Diane Devers.
Vous allez me dire que je suis changeant. Je vous annonce en préambule que j'aime la domination et la soumission, ce qui vous laisse dans l'attente d'une édifiante entrée en matière ! Et voilà qu'au lieu de vous parler de cette petite Anna que je rebaptiserai Nuit 26, j'évoque celle qui fut ma conjointe ! Je vous laisse divaguer sur ma vexation, mon endurcissement ou ma pervésité. Je m'en tiens à ce que j'ai décidé : d'abord Diane ! C’était mon épouse. C’est cela…Diane était ma femme.

Quand je la rencontrai, j’avais vingt-sept ans. J’en avais trente quand je l’épousai. Nous avions été l’un et l’autre invités dans une soirée à Meudon, dans une belle maison chic dotée d’un beau jardin décoré, pour l’occasion, de lampions de toutes couleurs. On approchait de la fête nationale et c’était là une ironie de notre hôte. Les invités d’ailleurs avaient été conviés à porter les couleurs nationales : ceci obligeait les hommes au bleu ou au blanc tandis que les femmes se tournaient vers le rouge. Pour ma part, j’avais choisi les trois et j’arborais un costume dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était chamarré…Diane, quant à elle, portait une courte robe blanche agrémentée de minuscules fleurettes rouges. Contrairement à beaucoup d’autres jeunes invitées que leur tenue faisait paraître déguisée, elle paraissait, elle, être venue à une soirée mondaine et n’avoir joué le jeu qu’en l’adaptant fortement. Je n’avais pas précisément prévu de lui parler mais m’étant approché du buffet, que notre hôte avait non sans mal, tenté de rendre tricolore, je l’entendis rire d’un rire léger. Me tournant vers elle, je lui demandai ce qui causait son hilarité. Elle fut franche :

-Oh, mais c’est vous !
-Moi ?
-Oh oui, franchement. Un pantalon d’un bleu pareil agrémenté d’une chemise blanche très chic et de cette…de cette cravate rouge…Il fallait l’imaginer.
Je ne me démontai pas et lui répondis du tac au tac :
-C’est bien ce que je me suis dit : peu vont oser. J’ai des chances de faire rire quelques jolies femmes et pourquoi pas d’intéresser l’une d’elles !
Elle rit de nouveau.
-Êtes-vous toujours aussi drôle ?
-Non, malheureusement.
-Que faites-vous ici ?
La même chose que vous : Bernard d’Aubigny m’a invité.
-Vous jouez au golf avec lui ?
-Tiens, quelle drôle d’idée ! Non. C’est un collègue de travail. Le golf ! Non, et on ne va non plus à la piscine. On ne court pas dans les rues à l’aube et on ne fait pas de vélo.
Ah ? Moi, j’ai fait du golf avec lui. C’est un bon joueur mais je ne le côtoie plus : j’ai arrêté de jouer. Je préfère l’équitation. Vous montez à cheval ?
-Non. Décidément, rien pour plaire. Je marche : c’est banal mais j’adore ça. Je fais de la gymnastique aussi. J’ai les goûts faussement simples d’ un jeune bourgeois…
Elle me regarda avec davantage de gravité.
-Peut-être, je ne vous connais pas. C’est bien, les goûts simples si on les vit vraiment ! ça a l’air d’être votre cas…Bravo en tout cas pour oser arborer un costume aussi détonnant.
-J’ai joué le jeu : c’est plus ou moins une soirée déguisée.
-Ah, vous trouvez ? Non, tout de même. Les gens sont habillés normalement. Personne en ours ou en indien !
-Vous êtes vraiment distraite. Sans parler d’ours ou d’indien, j’ai vu plus d’un convive ici qui a emprunté soit à une peuplade lointaine, soit à un mammifère en voie d’extinction ! Je suis formel. Et tout ça pour évoquer des valeurs patriotiques ! Allons, prenez-moi au sérieux ? Vous, vous êtes très chic mais regardez les autres femmes…Et je ne mentionne pas les hommes !