cinquante

Elle regarda rapidement autour d’elle, sourit de nouveau et me dit :
-Mon nom est Diane Devers. Je ne connais pas grand monde ici et personne ne m’a fait rire comme vous.
Je me gardai de lui répondre. Elle était vraiment jolie et m’intéressait mais tenter de la retenir aurait été, je le comprenais, une fort mauvaise idée. Diane aimait qu’on y mette les formes : j’eus l’intelligence de m’en rendre compte. Elle se contenta de me demander mon nom avant de me dire qu’elle allait rejoindre l’amie avec laquelle elle était venue.
-Christian De Longay.
-Enchantée. On se recroisera sans doute.
-Sans doute…
Ce fut mon premier contact avec elle et le second eut lieu deux mois plus tard. Ensuite, nous nous rencontrâmes régulièrement toujours avec des amis. Puis les choses devinrent plus intimes.
Diane était réservée et c’était là une surprise. Quand on la voyait, on pensait que sa minceur et sa beauté lui donneraient de l’abattage or, on découvrait que loin d’en faire des motifs de succès, elle tentait de les mettre de côté. Elle était mince naturellement et je ne l’ai jamais vu accorder à son corps une attention extrême. Elle était la dernière enfant d’une fratrie de quatre et, comme ses frères et sœurs, elle était sportive. Son frère aîné était très bon en équitation, sa sœur aînée adorait l’athlétisme et son second frère, enfin, était fanatique de judo. Il était donc naturel pour elle de bouger. Originale,elle s’était démarquée de sa famille en faisant du golf avant de suivre son modèle avec l’équitation que pratiquaient également son père et sa mère
. Ce n’était pas là la seule originalité qu’elle eût, je dirais même que c’était la moindre. Diane était une littéraire, une artiste quand toute sa famille avait l’amour des sciences. Elle n’avait pas voulu être ingénieur comme son père et son grand frère. Elle n’avait pas fait médecine comme sa mère et sa grande sœur et elle ne voulait pas être pilote de ligne comme son jeune frère. Elle avait fait du latin et du grec puis de l’italien et avait passé un bac littéraire qu’elle avait eu avec la mention très bien. Ensuite, elle avait abattu ses cartes : elle voulait faire les Beaux- Arts. Ses parents n’étaient pas tombés d’accord avec elle mais elle n’avait pas lâché. Elle avait travaillé ça et là pendant un an, faisant des petits boulots pour payer ensuite sa première année d’études. Comme personne n’avait prêté grande attention au professeur de dessin qu’elle avait eu plusieurs années durant et qui l’avait dite fort douée, elle surprit en réussissant très bien. Ses parents qui lui avaient battu froid se radoucirent et l’aidèrent matériellement.
Elle passa sa licence brillamment.
Elle partit un an à Rome pour compléter sa formation puis fit l’école du Louvre. Elle hésitait entre une carrière de peintre et un statut de critique d’art. Elle commença par l’un et poursuivit par l’autre. Son idée de galerie d’art germa ensuite et se concrétisa progressivement. Entre temps, je l’avais rencontrée, j’étais épris d’elle et je l’aidais dans ce projet. Aujourd’hui, sa galerie tourne bien. Diane est intelligente. Elle a du flair !