carel

Je lui dis de me rejoindre une fin d’après-midi en taxi et elle quitta, sans mot dire, le bel espace que je lui avais offert dans cet appartement des grands boulevards. A l’entrée de mon immeuble, elle dût avoir peur. Elle était dans une situation romanesque et, en bonne littéraire, cela, lui convenait. Pensez donc : après avoir été si bien préparée, rejoindre un homme respecté et espéré et s’apprêter à vivre chez lui ! Pour Anna, c’était un grand moment et je l’imagine répétant mentalement le code d’entrée de mon immeuble avant de le taper vraiment, comme si le dire et le redire était un gage, une certitude de bonheur. Une fois dans le hall, elle dut passer une deuxième porte et pour cela me contacter sur l’interphone.
-Bonsoir Monsieur, c’est moi…
-C’est-à-dire ?
-Anna
-Tu dis vrai. Tu t'appelles encore ainsi. Je t’ouvre. Ascenseur. Dernier étage.
Je ne sais ce qu’elle pensa. Je venais de la choyer beaucoup. Elle ne se rendait pas compte de ce qui se passait : tout restait conforme à ses chères idées romanesques sur la soumission…Elle allait être à moi, me servir, m’honorer. Elle y passerait tout son temps et je serais comblé, oui, c’est bien cela, je verrais tout ce qu’elle faisait…
Je crois que ces idées lui emplissaient la tête tandis qu’elle montait vers moi et que ses certitudes étaient bien en place avant que je n’ouvris la porte. Ensuite, évidemment, elle changea.
J’étais vêtu de noir et mon beau salon était discrètement éclairé. Anna posa son sac à demande et s’immobilisa au milieu du salon.
Mets-toi nue et attends.
Elle ôta le manteau d’hiver bien coupé, la jolie robe brune qu’elle portait et resta un moment en sous-vêtements. Sans proférer une parole, elle défit l’attache du beau soutien-gorge incrusté de dentelle noire et enleva la culotte haute assortie, que je lui avais offerts. Elle frissonna mais resta coite tandis que je m’écartai d’elle pour aller dans un secrétaire prendre un objet : c’était un beau collier de cuir, bien large et habilement travaillé. Il y avait là un tressage qui mêlait le cuir et de petites pièces d’argent au motif d’as de pique. Je ne pense pas qu’un chien sur cette terre n’ait jamais été doté d’un tel collier ! A fortiori, une chienne…Il avait été créé pour un être humain et je l’avais acquis sur un site de vente par correspondance dont la clientèle était spécialisée. D’emblée, il m’avait plu.