bondage

5. Donnée.
Je contactai Christian, que je connaissais mal mais qui m’avait prêté un studio, au temps de mes préliminaires avec Nuit. Je lui parlai d’elle et il fut intéressé.

Ce serait pour quoi, en fait ?
-J’ai une soumise que j’ai cloîtrée plusieurs mois durant. Elle a besoin, désormais, de voir un autre Dominant que moi ; ou plusieurs autres, peut-être. C’est à voir.
-Tu es son Maître ?
-Je n’emploie pas ce mot- là.
-Tu ne l’emploies pas mais tu l’es. Dis comme tu veux, en fait mais précise ta pensée.
Nous étions au téléphone ; je ne tenais pas à lui en dire plus par ce moyen-là. Il comprit et je l’invitai à dîner dans un restaurant près de chez moi. Il se trouve que le quartier et l’endroit – qu’il connaissait- lui plaisaient. Cela facilita les choses. Le restaurant était très à la mode. Conçu dans un style branché, il alternait grands murs blancs, parquets, chaises et tables de métal et décoration minimaliste. Les lampes comme les serviettes de table et les sets étaient rouges. Il y avait des niveaux auxquels on accédait par de petits escaliers. Toute décoration florale semblait prohibée. Tout tableau ou photographie évoquant de près ou de loin un être humain, un animal domestique ou encore un joli lieu affectivement chargé n’avait pas droit de cité. On était là dans un espace sans référence autre que la modernité et le goût du jour. Ce n’était peut -être pas idéal pour un rendez-vous amoureux mais cela l’était, assurément, pour l’entretien que je devais avoir. Dans ces ambiances qui se veulent si urbaines en effet, on se doute bien que personne ne se souciera de personne et qu’une conversation un peu particulière entendue par un tiers sera vite oubliée. Et puis, il n’est pas inintéressant d’aborder un tel sujet dans un décor si nu.
Mais je termine là-dessus.
Christian, devant son entrecôte saignante agrémentée de salade verte, me parut, il faut le dire, peu sympathique. J’aime qu’on montre ses excès et je montre les miens : j’aime l’élégance vestimentaire et je force la note. Je n’aime que certains vins et je fais vite la fine bouche ; je vivrais difficilement en dehors de Paris et je ne prends mes vacances que dans des capitales au renom international ou de splendides villes d’art …Et je m’arrête là !