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Dix ans avant cet après midi automnal où j'avais pris ces images de lui, il avait rencontré ma mère. Elle venait d'un milieu où on faisait toujours quelque chose. Enseignants de collège ou de lycée, professeurs des écoles, employés de banque ou de mairie. Elle était encore étudiante en anglais et allait passer le concours qui ferait d'elle une enseignante bien formée. Elle redoutait bien sûr l'exil dans le nord de la France ou la région parisienne puisque c'est souvent le lot de ceux qui sont en début de carrière. Elle ne voulait aucun traitement de faveur, s'apprêtant à accepter son sort, mais elle a rencontré Guillaume Parondi, mon futur père. Dès lors, quitter la région toulousaine lui a semblé compliqué. Il était musicien lui et auteur-compositeur. Elle l'admirait. Il la faisait rire. Il la troublait aussi par sa beauté nonchalante. Il ne voyait rien d'autre, lui, qu'une carrière à construire. Dans sa région, il y avait de quoi faire. L'idée de partir sans projet concret l'indignait.

Juste après qu'elle a été reçu à son concours d'enseignement, elle a compris qu'elle était enceinte. Son année de stage a été plus courte que prévu mais elle a bien pris les choses. L'amour qu'elle éprouvait mon père la rendait conciliante...Quand je suis née, ils ont été ravis. Laura, fille de Sophie Tuillez et de Guillaume Parondi, serait une enfant choyée à qui on donnerait, si possible, la lune. Pendant quatre ans, du reste, j'ai été au centre de leurs vies. Ma mère avait évité le nord et la couronne parisienne et enseignait dans le Tarn où mon père, qui croyait toujours en sa vocation de compositeur, écumait les cabarets. Je voyais beaucoup mes grands parents Tuillez, qui venaient de Toulouse et s'occupaient de moi et moins les Parondi qui semblaient presque fuyants. J'aimais ma mère pour sa rigueur, son sens de l'organisation et son matérialisme. Tout était toujours acheté à l'avance pour moi et tout était organisé. Le vide n'existait pas. Nounou ou grands parents ou elle aux commandes. Des semaines à l'emploi du temps savamment orchestré, des week-ends qui ne laissaient aucune place à l'improvisation...C'est ainsi que la vie devait se dérouler, ma mère menant tambour battant sa vie professionnelle et sa vie de couple. Pourtant, mon père a marqué le pas.