jEREMIE

Saumur, nous n'en sommes pas originaires mais mes parents y ont élu domicile après leur mariage. Curieux, me direz-vous pour des natifs de Saint Jean de Luz qui ne juraient que par le pays basque. Ils avaient envie d'autre chose, m'ont-ils dit. Échanger la folle lumière de cette partie de la côte et la proximité de l'Espagne contre la douceur angevine et les méandres de la Loire, ça pouvait paraître saugrenu mais pourquoi pas ? Ils voulaient tout changer, mes parents et ils se sont lancés. Ils étaient jeunes.Je crois qu'au fond, ils n'ont pas totalement réussi leurs pari. Bien sûr, ils ont monté un hôtel restaurant qui reçoit toute l'année et fait un bon chiffre d'affaire. Bien sûr, ils se sont acclimatés à la région de Saumur et ont crée des liens solides avec d'autres couples mais je crois, au fond, qu'elle leur a manqué, leur région natale parce qu'en voulant leur indépendance, ils se sont éloignés des leurs. Par orgueil, ils n'ont rien dit, mais ils les ont regrettés leurs parents respectifs, leurs frères et leurs sœurs et tout ce lot de souvenirs qu'ils avaient ensemble, et comme à cause de la distance et des disputes répétées, ils n'ont plus rien échangé, ça a tourné à la rancœur. Moi, j'étais l'aîné et j'ai compris très vite. Ce sourire en façade avec les clients du restaurant, ses salamalecs avec ceux qui restaient dormir plusieurs nuits, ça ne leur enlevait pas leur mauvaise humeur ! Seulement, personne n'y avait droit, sauf nous, les enfants ! Maria, ma première sœur, elle a tout pris calmement mais avec les années, on a vu que ça donnait, de paraître calme. Elle est irascible maintenant, en fait, elle est comme eux. Pour Maïka, la plus jeune, ça a été différent. Elle a encaissé pendant un moment puis elle a craqué. Enfin c'est ce que je pense, parce que je ne la vois plus...

Non, je ne la vois plus.

Vous demandez pourquoi?