jEREMIE

En fait, j'ai disparu.

Lentement, mais sûrement.

J'étais là, tout le temps là et puis, graduellement, j'ai cessé de me montrer, d'exister.

Je suis mort pour eux, mes vieux.

Et pour Maria, aussi.

Mais pas pour Maïka, la seule qui comprenait que tout était tordu et qu'il fallait se méfier des non dits et des situations empoisonnées.

Jusqu'aux années 2000, j'ai navigué dans les environs de Saumur. J'avais la vingtaine et même si j'étais en conflit ouvert avec mes parents, surnommés par dérision Dédé et Dédette, je restais là où j'avais grandi. J'avais raté mes études et ils me le reprochaient constamment ! Heureusement pour moi, j'étais très débrouillard. J'avais le chic pour avoir des petits boulots et je créchais chez l'un ou chez l'autre de mes copains. J'en avais beaucoup, ça ne dérangeait pas. Je n'étais pas un pique assiette. Je gagnais ma vie et partageais tout.

Mais tout de même, toujours tourner autour des mêmes lieux, ça ne me convenait plus tellement. Ce devait être parce que tout se réalignait tout le temps. Mon enfance, mon adolescence, mes vieux et leur foutu caractère...