jEREMIE

Et puis ça m'est venu, l'envie d'aller à Paris. Là où j'avais toujours vécu, j'avais vendu des vêtements sur les marchés, servi dans des bars et des restaurants, fait des réparations de plomberie et électricité et même pendant un temps, vendu des fleurs. C'était bien mais, comme je l'ai dit, rien n'avait le goût du neuf. Dans la capitale, ce serait différent. Je serais certainement barman mais ce serait d'un autre calibre.

Pendant les trois ans où j'ai vécu dans la capitale, j'ai travaillé dans divers cafés près de la place de la Bastille et logé dans le coin. Bizarre, à Saumur, le fait que je m'appelle Ellisalde, ça ne faisait réagir personne parce qu'on me reliait aux hôteliers qui tenaient cette auberge si cotée en bord de Loire mais à Paris, ça a tilté. Un Basque qui arrivait là...et qui repartirait sûrement parce que Biarritz et Saint Jean de Luz, c'est irremplaçable. Du coup, assez rapidement, je me suis senti nostalgique. On l'est habituellement d'une région qu'on regrette mais moi je l'ai été de lieux inconnus. Comme quoi ! Je me suis dit que forcement, j'irais faire un tour mais j'avais envie d'être accompagnée. J'ai rencontré Malika, père français, mère marocaine, mon âge ; elle était serveuse comme moi. Et jolie en diable. Quand l'été est venu, on fait la saison à Biarritz. Ça a été un enchantement. Du coup, avant de reprendre le boulot à Paris, je suis allé à Saumur voir mes vieux. J'avais en tête de les faire retourner là-bas, où ils seraient bien plus heureux. Je vais paraître bien naïf mais je pensais que je les convaincrais. Saumur, c'était une erreur. Mais, j'ai vite compris que je faisais fausse route. Les convaincre de quoi ?  L'auberge Ellisalde, c'était leur vie, leur putain de vie ! Puisque moi je n'avais pas les compétences nécessaires ni la motivation, Maria reprendrait le flambeau. Elle allait faire un bon mariage et c'est le couple qui, un beau jour, reprendrait l'affaire. Je parlais dans le vide et ils n'entendaient rien. On s'est engueulés et j'ai claqué la porte. Maïka m'a poursuivi en pleurant. Elle, elle me montrait son affection, ma petite sœur. J'ai été touchée mais ça ne changeait rien. Toujours dans mon rêve de changer quelque chose à leur vie, je suis revenu quelques temps plus tard avec Malika. Ça a été encore pire. Ma grande sœur venait de se marier, il n'y en avait que pour elle. J'étais venu seul au mariage mais étais peu resté. Et puis revenir avec une compagne nord-africaine...