jEREMIE

Ma petite sœur, qui était bonne élève, avait eu son bac et passé le concours de l'école d'infirmières. Elle était à Tours. Elle  a su mes vaines tentattives. Elle avait compris depuis longtemps, je crois, que ça ne le ferait pas avec eux. Je me suis senti tout bête d'avoir continué à y croire, moi, alors que franchement, ils ne m'avaient pas fait de cadeaux. Mais ma soeur a été consolante. Elle est venue nous voir plusieurs fois et on lui a rendu la pareille. De belles journées. Il fallait aller de l'avant, elle me l'a fait sentir.

Alors, avec Malika, je suis parti en Espagne et on a fini par trouver un job à Malaga.Ma belle compagne apprenait l'espagnol plus vite que moi. On était débrouillards, ouverts d'esprit et suffisamment opportunistes pour trouver du travail. Pendant deux ans, on a vécu contents. Je n'avais que de rares nouvelles de mes vieux parce que je leur avais fait comprendre que j'en avais assez. J'ai reçu des photos du fils que Maria avait eu avec son mari, Benoît et quelques nouvelles plutôt lénifiantes à savoir que l'hôtel s'était agandi, que l'argent ne manquait pas et patati et patata. Puis, le ton à changé.  Mon père était sérieusement malade. Ses jours étaient comptés. Je me suis fendu d'un voyage à Saumur pour le voir et j'ai compris tout de suite que son cancer avait gagné la partie. Pour les obsèques,j'ai envoyé des fleurs. On ne m'a pas fait de reproches mais la sitation s'est figée. Ma mère ne m'envoyait plus que des banalités. J'étais incapable de communiquer avec Maria et Benoît. Il restait Maïka qui est venue nous voir deux fois à Malaga. J'étais heureux quand on riait ensemble. Je sentais que l'aimer n'était pas dangereux et je sentais aussi qu'elle tenait à ce lien. Je crois que si Malika était restée parmi nous, je serais restée en lien avec ma jeune soeur et aussi, peut-être avec ma mère mais ça n'a pas été le cas. Ma bien-aimée a fait un voyage au Maroc pour voir les siens et en ai revenue ravie. Tout allait bien jusqu'à son accident de voiture. Une autoroute espagnole, un caramboloage meurtrier. Elle n'était pas en tort mais elle est morte sur le coup. Avec sa disparition, quelque chose s'est rompu en moi. J'ai quitté l'Andalousie pour Madrid et me suis mis à travailler là. J'avais des papiers en règle et je parlais correctement l'espagnol.Mais avec la famille, malgré les lettres de Maïka, je savais que rien n'irait plus jamais. Avec tout ça, les années avaient passé. On était en 2012. Il me semblait que j'étais en Espagne pour toujours.