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Libérée de ma mère, j’ai sauvé ma peau

Je suis arrivée à Cologne où j’ai décidé de m’arrêter, sans trop savoir pourquoi. J’ai rapidement trouvé des petits boulots de ménage, de serveuse. Je logeais chez une femme qui m’ayant vue dans la rue m’a proposé de m’héberger. Elle s'appelle Else Lothard et vit seule depuis longtemps avec ses quatre chats persans. Avec elle, j’ai appris à baragouiner l’allemand. Elle Avait quarante huit ans, à l'époque et avait un fils qui, ayant épousé une américaine, vivait à New York.Sans doute pour ne pas trop souffrir, je pensais peu à ma famille, au désarroi dans lequel je l’avais sûrement laissée. Mon père était un pleutre mais, je le savais, il m'aimait bien. Mes grands-parents paternels avaient toujours été adorables et je faisais mes délices des chiens qu'ils adoptaient régulièrement.Mais j’étais libérée de ma mère, j’avais sauvé ma peau ! Je n’avais pas de remords : elle m’avait fait du mal, personne ne m’avait protégée d’elle, à leur tour de souffrir. Plus tard, j’ai su que mon père avait tout tenté pour me retrouver. Il a fait ouvrir une "recherche dans l’intérêt des familles" par la police. Même s’il redoutait le pire, il n’a jamais renoncé. Cela m'a réconcilié avec lui. Il n'était pas aussi indifférent qu'il voulait bien le laissait croire et il avait cessé d'être lâche. Je lui en ai été reconnaissante. Quant à ma mère, elle était semble-t-il plus en colère que réellement inquiète…