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1. Naissance de George.

 La nuit avait été courte, Lesley n'avait pu dormir. Pour Yioda, un peu moins de trois ans auparavant, elle n'avait éprouvé aucune crainte. Elle avait la confiance des jeunes mères pour qui l'enfant à naître ne causera pas de souci en arrivant en ce monde. Un an et demi plus tard, pour Melanie, elle avait eu à tort de l'appréhension car une fois à l'hôpital, l'accouchement s'était fait sans difficulté malgré sa fatigue. Il n'y avait que Georges finalement, pour lequel elle avait eu peur tout d'un coup, compliquant la délivrance car elle s'affolait pour respirer. Le 25 juin, cet enfant de l'aube ferait son apparition à six heures du matin. Un garçon tout rond et en bonne santé ! La jeune mère serait immensément heureuse. Deux filles, c'était bien mais elle souhaitait secrètement un garçon et savait que son mari aurait souffert de ne pas avoir de fils. Elle sut dès l'abord que ce tout petit enfant serait vif et exigeant, souvent affamé et en quête d'attention. Et elle comprit aussi qu'il serait central dans sa vie mais comme elle le faisait déjà, elle lui pardonnerait toujours la fatigue et les inquiétudes causées. Non seulement parce qu'il était un garçon mais surtout parce qu'il serait exceptionnel!

Lesley Angold avait épousé à vingt ans un émigré grec courageux et débrouillard qui voulait s'en sortir. Avec le temps, il se révélerait être un époux sérieux et un père responsable. Lesley, elle, avait mis ses ambitions au placard.Jeune encore, elle avait fait de la danse et avait adoré. Une fille plutôt jolie et gracieuse qui est opiniâtre dans cette discipline peut envisager de passer professionnelle, non ? Obstinée elle l'était mais il lui manquait ce vrai don qui aurait fait d'elle une vraie danseuse. Était-ce mal ? Oui bien sûr car il est difficile d'abandonner ses rêves. Mais au fond non. Si elle replaçait les choses dans leur contexte, elle voyait bien que sa famille l'aurait peu soutenue. Alors, elle avait fini ses études, travaillé un temps comme vendeuse en papeterie puis attendu le mari. Au fond d'elle, pointait l'idée qu'une carrière artistique aurait été délicate pour elle. Elle venait d'un milieu peu argenté et assez peu cultivé. Les tutus...

Assez beau, dégourdi, travailleur, Kyriakos l'avait fait surtout rire avant de lui plaire vraiment. Il avait le charme un peu lascif des méditerranéens mais s'habillait bien, était courtois et adorait danser. Un étranger ? Hum, voilà qui ne ferait peut-être pas l'affaire, avait-elle pensé. Elle se trompait. Il y en avait bien qui ne faisaient rien dans ce pays mais lui, non. C'était un gros travailleur qui avait le sens des affaires. Il avait peu d'argent mais il était assez habile pour petit à petit en gagner ! Les yeux écarquillés, Lesley avait constaté que le bagout de son fiancé faisait de l'effet. Je suis un homme sérieux, j'ai le sens de la famille, je veux m'intégrer, j'aime l'Angleterre. Jamais je ne trahirai votre fille. Elle vivra bien. Nos enfants ne manqueront jamais de rien. Et vous serez toujours les bienvenus chez nous !

-Alors ? Avait demandé la jeune fille à ses parents.

-Il peut faire sa demande.

-Vous auriez préféré un vrai Anglais...

Tout de même, elle doutait mais ils la stupéfièrent.

 

Lien

-Ma fille, c'est un bon parti !

Elle ne les savait pas si adaptables, ses frères et sœurs ayant fait des mariages plus conventionnels.

-Lesley ! Tu préférerais qu'on te prive de lui ?

-Ah non !

Ça avait été une jolie noce où leur beau fils avait chanté en grec...Kyriakos et Lesley : un beau couple.

-Je te ferai danser, encore et encore !

-Ce sera merveilleux !