AMANTS ABSTRAITS

Ayant mis fin à sa carrière Wham !, George espère bien se construire seul. Une nouvelle page de sa vie s'ouvre. Comment fera -t'il ? Il en était là quand il lui prit l'envie d'échapper à la lourdeur de ses réflexions. Il fuma. Il n'était pas mauvais de temps en temps d'être entre deux mondes...Plus tard, il eut faim, n'ayant rien mangé depuis la veille ; il appela de nouveau le service d'étage et vit paraître un jeune homme brun, tout frisé, qui resta en arrêt devant lui.

-Je débouche la bouteille, monsieur Michael ?

-Oui, merci.

-Une star ! Oh la la ! Une star anglaise !

Il était vraiment drôle et George ne put s'empêcher de sourire.Il avait un accent italien terrible ce garçon aux grands yeux noirs. Et dans sourire, se dessinait toute la Méditerranée.

-Je n'en jamais vue ! De star.

-Oh!Et bien voilà...Vous venez travailler en Angleterre ?

-Travailler ? Ah oui mais c'est pour apprendre l'anglais. Je sais, mon accent...

-Vous retournerez en Italie, de toute façon...

-Ah oui, je suis de Bari mais j'irai à Naples. Dans certains cas, c'est plus facile une grande ville...je veux dire pour être plus tranquille...

-Tranquille ?

-Oui pour...pour ce qu'on veut vivre...

Il s'arrêta soudain. Le fait d'être si familier ne cadrait ni avec son emploi dans l'hôtel ni avec le fait de se trouver face à une personnalité du spectacle. George, pourtant, avait envie d'en savoir plus. Ce jeune homme devait avoir son âge et il était assez beau. Quant à son orientation, il la laissait assez facilement percevoir.

-Difficile, la vie en Angleterre ?

-Oui, un peu mais à mon âge, on rit toujours !

Ils se regardaient. George pensa brièvement : il est moi et je suis lui ; Les mêmes. Mais lui, il s'en tire bien. Toujours rieur, le jeune Italien reprit :

-Et je me trouve devant monsieur Michael ! Ça alors ! Ça alors...

Sur ce, il ouvrit la bouteille. Ce que voulait George, c'était le retenir et lui demander comment il pouvait être aussi plein de lui-même. Il ne souffrait pas de ce qui pour lui était si douloureux et devait trouver normal, puisqu'il avait un jeune corps ferme, de recevoir le plaisir auquel il avait droit. Être plus tranquille...c'était simple à comprendre. Comme le chanteur, à son grand regret, semblait perdu dans ses pensées, il fit par lui dire :

-Bonne soirée, monsieur.

George le retint d'un geste de la main.

-Non écoutez...

-Oui, monsieur.

-Vous êtes heureux comme vous êtes ?

-Totalement.

-Il y autre chose...

En livrée blanche, il attendit mais le chanteur se sentait de nouveau confus. Il le congédia et dîna seul. Il restait perplexe. Ce jeune Italien, rien n'indiquait qu'il avait la vie facile mais il devait savoir y faire pour retrouver ses amoureux dans des coins discrets. Passe-partout, anodin, libre. George, non.

Mais en route pour la gloire, oui.

 

10 novembre 1

Construire sa carrière solo passait par des transformations radicales. Il devait se démarquer de son image de marque. Fini les shorts, les pulls roses, les brushings invraisemblables. Il opta pour des jeans, des santiags, un blouson de cuir et modifia sa coiffure : cheveux en brosse et barbe de trois jours.Il porterait des lunettes d'aviateur et de temps à autre, un bandeau dans les cheveux. Pour le reste, il verrait. La référence au rock américain était évidente mais ainsi vêtu et apprêté, il aurait belle allure. Toutefois, Il fut astucieux.

Oui, c'est une bonne idée mais il faut que ça ne paraisse pas apprêté ou figé. Je piquerai dans mon vestiaire ! Le jean ? Un bien serré que j'ai déjà. Le t shirt blanc ou noir (selon), pareil. Mélanie m'a montré comment montrer une petite croix en boucle d'oreille. Les santiags ? Je les ai aussi. Pour le blouson, il m'en faudra un plus beau...Ray Ban...La barbe et le teint hâlé sans excès, je verrai. Et d'autres accessoires, peut-être ? Des gants ? Un foulard ? A voir. Les femmes de ma maison sauront. Depuis le début, je passe par elles et je me suis rarement trompé en terme d'images...

Officiellement : Je ne suis plus un beau jeune homme sain mais quasiment un dieu...

Officieusement : Salut les filles ! Intimidées quand même, cette fois ?

Dans la nouvelle beauté de George, il y aurait une volonté de fasciner et d'être à la fois irrésistible et inaccessible. Sans vrai talent, cette entreprise aurait été périlleuse. Mais il y avait son sens de la composition. Et surtout, il y avait sa voix...

Au terme de son séjour solitaire dans ce palace, il savait qu'il allait atteindre des sommets. Loin, toutefois, de tout anonymat et de toute quotidienneté...