gm RECOMPENSE

La célébrité extrême plaît à George Michael mais elle le prive, selon lui, de liberté en tant qu'artiste. Confronté à Franck Sinatra, la star anglaise se plaint mais rencontre la perplexité. De retour en Angletere, George écrit son second album.

Ce qu'il avait en tête, à l'époque, c'était de ne plus se livrer à cet épuisant travail de promotion de ses albums. Il ne comptait ni quitter la scène, ni déserter la télévision ni même refuser d’interview. Il voulait qu'on lui fasse confiance. Ce qui comptait, c'était ses chansons et sa relation au public, non ? Madonna, qu'il avait également croisée, avait un parcours qui lui semblait moins sulfureux. Elle était arrivée à New York avec trente dollars en poche, s'était démenée tant et plus et était arrivée à la célébrité en 1985 avec Like a Virgin son second album, qui se vendrait à près de vingt millions d'exemplaires. Elle était toujours mariée à Sean Penn. Elle aussi lui avait dit danser (ce qu'il faisait déjà) et de tourner dans des films (ce qu'il n'avait pas encore fait). Il y avait une condition sine qua non : le talent d'acteur. David Bowie, son comparse anglais, passerait la rampe mais pas Madonna. Quant à Michael Jackson, il était le roi de la Pop depuis le début des années quatre-vingt mais bien que doué d'une présence extraordinaire, il était déjà si singulier qu'aucun film ne pourrait être tourné avec lui sans qu'il n'y joue son propre rôle, à savoir celui de l'étrange chanteur noir en visite...Acteur ? Danseur ? Une comédie musicale peut-être. Oui, ça pourrait passer...Mais,pensait George, je n'y crois pas vraiment. Ils sont américains, leurs critères sont différents. On les a formés pour jouer sur différents tableaux. Moi, je suis définitivement lié à la vieille Europe. Mon univers c'est la musique, pas la sur représentation...

Derrière ces propos, se cachait une peur. Si Sinatra avait trouvé prodigieusement stupide de refuser de faire la promotion de son œuvre, ce n'était pas parce qu'il était âgé et hors cadre, c'est parce que personne ne trouverait ça recevable, en tout cas, pas à son niveau...Or, il était distribué par Sony...

 

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Quoi qu'il en soit, George, revenu en Angleterre travaillait à son nouvel opus qu'il comptait intituler Listen without prejudice. Ce serait le premier volume, le second devant le suivre deux ans plus tard. Comme toujours, l'horloger George avait tout en tête et tout se déroulerait suivant les plans prévus. Dix titres mais une seule reprise. Une chanson qui solliciterait deux partenaires prestigieux, Mick Jagger et Keith Richards et une autre où interviendraient Stevie Wonder et Yvonne Wright. Un début percutant avec une chanson à texte magistrale Praying for Time, une autre dont il était sûr qu'elle serait un tube Freedom 90 et une autre où il retrouvait cette veine mélancolique et profonde qu'il savait si bien lui aller Cowboys and Angels. Il avait changé, mûri : il voulait qu'on le sache. Il livrerait quarante huit minutes d'une musique qui n'était plus celle de Faith ? Mais il avait vingt-huit ans, pas vingt-quatre, non ? Puisque tout change, il faudrait bien que lui-aussi montre une facette différente de son talent. Ce serait un très bel album...