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Après le succès planétaire de Faith, George livre un second album, Listen Without Prejudice. Il l'estime tout aussi bon et plus personnel mais Sony lui fait grise mine et combat ses désirs.

George soupira mais se modéra. «Monsieur Sonny Angleterre » avait l'air vraiment embêté et faisait son possible pour prévenir avec tact ce jeune artiste en pleine gloire qui semblait si peu se rendre compte de ce qui le guettait...

-C'est un album plus profond, plus grave, un peu plus heurté, je dois le dire aussi. Pour ce qui est de la danse et donc de mes déhanchements, il faudra attendre le volume 2. Juin 1991, ce n'est pas si loin...Vous voyez...

-Monsieur Michael...Soyez raisonnable...

-Écoutez, je ne suis pas stupide, il y a de fortes chances que je ne vende pas autant de disques qu'auparavant et, pour une maison de disques, il est important de vendre beaucoup ! Dans ce cas, d'une certaine manière, je perdrai du terrain, mais ce qui est important c'est de faire de la meilleure musique, vous ne pensez pas ? Et puis, quoi ? Il est somptueusement produit et je suis sûre qu'il sera glorieusement addictif ! Et sur le plan lyrique, c'est nouveau et justement, là, ça devient intéressant !

-Oui, bien sûr, je reconnais que...

-Les temps sont différents. Ils sont difficiles. C'est pourquoi, il faut prier ! Pourquoi est-ce que dans un des clips, on voit brûler le blouson de Faith ? Parce que tout a changé !  Le panel intergouvernemental sur le changement climatique a publié un rapport confirmant l'alerte mondiale, Nelson Mandela a été libéré il y a six mois de la prison de la prison Victor Verster, à quarante milles du Cap. Il y a un mois, les troupes irakiennes de Saddam Hussein ont envahi le Koweit et la démission de Margaret Thatcher du poste de Premier ministre britannique est imminente...Et vous voudriez quoi ? Que je ne parle de rien ? Que je n'évoque ni ce monde troublé ni le fossé grandissant entre les pauvres et les riches ?

-Vous avez déclaré que vous étiez la fierté et la joie de chaque petite écolière affamée....

-Oui, car aujourd'hui le jeu n'est pas le même...On voudrait que je reste le grand gars sexy de Faith, celui qui n'avait pas grand chose dans la cervelle mais excitait tellement les ados et les femmes mûres qu'elles en cassaient leur tirelire et que ça rapportait. Moi, je dis que je suis un artiste en évolution. Je ne suis plus aussi autocentré...Le monde est là !

-Promettez moi tout de même de réfléchir à ce que je vous ai dit. Il est encore tant d'inverser la vapeur...

George n'avait pas le cœur de décevoir davantage cet émissaire au demeurant courtois et patient de cette maison de disques dont il n'avait pas mesuré la puissance mais pour lui, tout était réglé. Il fut tout de même amené à le revoir rapidement. Il faisait très chaud à Londres et dans le bureau climatisé où il s'était installé, George pensait aux jeunes filles qui traverseraient ce jour la ville en robe d'été, à la beauté de la lumière et tous ceux qui riraient car il faisait si beau ! « Monsieur Sony Angleterre » avait l'air bien plus ennuyé que précédemment. Il attendait un coup de fil et quand le téléphone sonna, il mit le haut-parleur. Son interlocuteur était à New York.

-Alors ?

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-Monsieur Michael, avec qui je viens de m'entretenir, ne souhaite pas modifier sa ligne de conduite. Son album est beau, les clips tournés le mettent en valeur et...

-Connerie !

-Je vous demande pardon ?

-Il se prend pour qui ?

-Je suis désolé mais...

-Moi, je ne suis pas désolé. Il a signé un contrat. Celui-ci stipule qu'il doit assurer la promotion de ses albums et puisqu'il sait lire, il a bien du se rendre compte qu'il a des obligations, j'ai bien dit des obligations ! Alors, il va cesser de nous prendre pour des cons et faire ce à quoi il s'est engagé ! Il entend ce que je dis, ce jeune prétentieux ?

-Oui, il entend.

-Parfait. Alors, il sait à quoi s'en tenir...Maintenant, s'il veut n'en faire qu'à sa tête, nous disposons d'un excellent service juridique, avons des avocats et ne manquons pas d'argent. C'est ça qu'il veut ?

-Monsieur Michael est un artiste qui...

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-C'est un trou du cul !

Sony Amérique venait de raccrocher. Dans le bureau, c'était à se demander qui avait le plus rougi. George se sentait humilié, avili et l'autre ne savait que faire.

-Une manière de faire fort peu anglaise, il faut bien le dire ! Je suis navrée qu'il se soit emporté ainsi alors que je suis en tractation avec lui depuis plusieurs jours...Il vous faudrait réfléchir vite...

-Oui, je comprends.