EN COLERE

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 Oui, il était en colère et combien ! Il y avait cette maison de disques d'abord ! Elle l'insupportait. En 1988, CBS Records avait été rachetée par la compagnie japonaise Sony et était devenue Sony Music Entertainment. George n'avait pas tardé à être déçu par la façon dont la firme japonaise gérait sa carrière et ses droits d'auteur, si déçu qu'il en était venu à se demander s'il n'était préférable qu'il mette fin à son contrat. C'était compter sans le caractère intraitable de Sony, qui comptait bien l'obliger à l'honorer, ce contrat signé en 1982...A cette querelle s'en était ajoutée un autre, liée au refus du chanteur de faire la promotion de son nouvel album. Si les ventes de Listen Without Préjudice étaient si faibles, c'était bien parce qu'il n'avait pas joué le jeu...Or, dans les deux cas, George ne comprenait pas. Il avait bien signé jusqu'en 2003 et pour six albums mais rien n'indiquait qu'il doive être privé de tout libre arbitre...En outre sept millions d'albums vendus pour son second opus c'était effectivement inférieur aux quinze millions de Faith mais ce n'était pas un score négligeable pour un album d'auteur. Car il en était bien un, non ? Lui, ce qu'il voulait, c'était être reconnu comme un artiste à part entière et donc explorer de nouvelles voies musicales. Au lieu de parler échec, on aurait noté qu'il était en bonne voie...

Faire de la promotion à outrance, pourquoi ?  Quand je fais de la promotion de manière excessive, je me sens comme une prostituée, avait-il déclaré...Le 30 octobre 1992, il avait donc assigné Sony devant la Haute Cour de justice de Londres et espérait bien l'emporter. Se rendait-il compte qu'il était fragilisé par le sort incertain d'Anselmo qui ne mourrait qu'en mars 1993 ou par la disparition de Freddie Mercury, le chanteur ami ? Avait-il conscience que dans cette affaire, il serait très seul, beaucoup d'autres chanteurs tout aussi concernés que lui se contentant de compter les points ? Il lui faudrait attendre deux ans pour connaître la décision des juges et elle ne lui serait pas favorable. D'une part, concernant sa liberté d'artiste, il n'avait pas du lire attentivement son contrat. Quand on signait avec une maison aussi prestigieuse et qu'on commençait par un coup d'éclat, on ne pouvait décevoir ! Accuser de fautes professionnelles une firme aussi célèbre relevait de l'impensable. N'était-ce plutôt le chanteur qui les avait commises ces fautes en refusant de figurer dans des vidéos ou sur les pochettes de disques ? En juin 1994, le juge Jonathan Parker ne jugerait nullement défavorable le contrat signé par monsieur Michael et donnerait raison à Sony...Au chanteur d'assumer le coût du procès qui s'élevait à plus de vingt-cinq millions de francs et de regagner l'écurie nipponne. George aurait beau se dire que la justice lui avait donné tort car le milieu du disque craignait une avalanche de procès d'artistes contre les labels, le choc était rude. Il ferait appel bien sûr mais en fin de compte, la procédure s'arrêterait.

En 1995, des négociations s'étant engagées, le consortium hollywoodien Dream Works SKG et le britannique Virgin rachèteraient George à Sony pour la somme de deux cent soixante treize millions de francs et cette fois, on le laisserait plus libre...Le géant nippon toutefois détiendrait toujours un pourcentage sur les ventes de ses prochains albums et exigerait la sortie d'une compilation des anciennes chansons de l'artiste sur lesquelles elle possédait encore des droits...

Mais pour l'heure, il n'en était qu'au début de sa colère et il lui semblait qu'elle mettrait beaucoup de temps à s'estomper...Il avait encore en travers de la gorge les propos fielleux de « Monsieur Sony Amérique »...Ce prétentieux, ce trou du cul...Une telle suffisance le rendait belliqueux..