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Après ces deux chansons inattendues, il concocta lentement mais sûrement un nouvel opus qu'il intitula Patience. Il s'agissait de son cinquième album studio et à l'heure où il le révéla au public, il n'était pas sûr qu'il sut que c'était le dernier. Un ensemble de quatorze titres, le premier et le dernier formant les deux volets d'une même chanson, celle-là même qui donnait son titre à l'album. Six titres écrits seul, les autres étant des collaborations. Des chansons nouvelles très entraînantes donc propices à faire des tubes comme Amazing ou Flawless et des ballades comme il les aimait comme John and Elvis are Dead. Et puis, des chansons mélancoliques qui renvoyaient à son enfance ou à de douloureuses révélations Round here sur la banlieue de ses jeunes années et le labeur de ses parents, My Mother had a brother qui évoquait son oncle Kevin, suicidé le jour de sa naissance et enfin, American Angel, un bel hommage à Kenny. Il était clair que George avait changé et qu'il avait mûri. Il demandait à son ancien compagnon, Anselmo, de lui envoyer quelqu'un à aimer, chantait son nouvel amour, évoquait ceux qui avaient disparu et renvoyait l'image d'un monde fragile, assez désenchanté mais où l'amour gardait sa place. Un univers se dessinait : on pouvait être magnifique mais il était dur de se faire une place et un nom car la concurrence était impitoyable. Aimer était précieux mais quand on avançait en âge, on craignait de nouveaux coups et une rupture. Être différent ne tuait peut-être plus mais pouvait laisser des cicatrices. Et rendre hommage à ceux qui avaient été « grands » vous nourrissait. La force de John Lennon, la virtuosité d'Elvis, ses côtés mélancoliques parfois...Oui, il fallait se souvenir de ces grands-là...mais des autres aussi, ceux qui étaient humbles, le père qui tentait de prendre le train du succès pour ne pas être venu de Chypres pour rien, la mère qui travaillait si dur en élevant trois enfants, la banlieue, le souvenir des premiers jours de classe, la peur mêlée à la joie...George, en livrant cet album, se montrait en artiste mature, observateur avisé du monde dans lequel il vivait et qu'il ne contemplait pas sans tendresse. C'était le sien, après tout et il y était immergé. Et dans cet univers avec lequel il devait bien composer, il se donnait pour ce qu'il était, un artiste accompli et un homme gay qui vivait sa vie. Le titre lui-même était ambigu. Qui avait fait preuve de patience ? Ses fans car il ne leur avait pas donne de « vrai » album depuis longtemps ? Ses parents car aucune chanson ne leur rendu un aussi bel hommage que Round here ? Anselmo car American Angel prouvait bien qu'il avait guidé un George effondré vers un nouvel et bel attachement ou encore ce jeune oncle qui n'avait pas surmonté l’opprobre ? A vrai dire, chacun d'eux avait du attendre et George aussi car il lui avait fallu aller au fond de lui-même pour que finisse par naître cet ensemble si cohérent et si émouvant où d'un bout à l'autre, sa voix était parfaite...