DAMAGE DONE

La relation qui lie George Michael aux stupéfiants est si forte que Kenny Goss craint désormais de pouvoir contrôler quoi que ce soit. La menace d'une rupture se profile...

-La façon dont tu vis est difficile pour moi, George, oui. Elle l'est depuis longtemps mais je me suis toujours dit que je surmonterai tout pour toi.

-Tu es mon ange américain. American Angel, cette chanson, je l'ai écrite pour toi. Béni le jour où tu es rentré dans ma vie, je m'en souviens encore ! Cowboy énergique avec tes étoiles et tes raies, Apportant la lumière sur mes jours,Avec ce sourire texan, Trop effrayé pour aimer et espérer que tu resterais, Tellement blessé que je ne t'ai jamais vu chasser le passé...

George murmurait. Kenny était touché mais il ne faiblissait pas. Il parcourait le

salon à pas rapides.

-L'amour aidant, j'ai pensé qu'il serait possible d'aider, de comprendre tout en indiquant des limites...Où sont les tiennes ? Maintenant, j'hésite vraiment...

Mon ange Américain il ne veut pas se battre (n'a pas besoin de se battre)..

Mon ange d'Amérique me serre dans ses bras dans l'obscurité de la nuit


George s'était levé et tentait d'être convaincant :

-Et tu te sens seul car tu n'es plus autant en phase avec moi ! Mais je pense que la plupart des gens sont seuls, même quand ils sont amoureux. Enfin,  nous connaissons tous la différence entre un plan-baise et quelque chose qui consiste à aimer totalement quelqu'un.

-Certainement George. Côté plan baise, on risque d'avoir une très longue conversation. Enfin, un monologue plutôt. Tu sais, il y a des moments où je me demande s'il existe un type d'hommes qui ne t'attire pas ! Quelle collection ! Mais bref, il y a l'amour, à ce que tu dis. Seulement pour toi, il n'y a pas de modèle permanent dans une relation. il faut trouver le moyen de rester ensemble. On doit y travailler. On doit y réfléchir. Il y certainement un modèle plus adéquat pour notre relation. On va se réinventer ! Les mois, les années passent et ce renouvellement, je ne le vois pas.

C'était donc si grave. Kenny était à bout de souffle.

-Commençons par le plus léger. Pendant des années et des années, j'ai pensé comme toi. Il y avait une chance sur mille qu'on se trouve et on l'a fait, on l'a honoré cette chance  et oui, c'est vrai on a eu des moments extraordinaires ! Mais maintenant, je suis perplexe. Tu m'aimes, George, oui, tu m'aimes mais tu es resté celui qui pense qu'à la surface de l'univers, il pourrait bien exister une personne qui te réponde davantage. Je mens ?

George soupira.

-Non, tu vois, je ne mens pas. Tu sais ces attrape rêves que fabriquent les Indiens. On les place dans des endroits clés. Combien en as-tu accrochés au dessus de la tête d'hommes qui te plaisaient en pensant que, comme ça, ils te répondraient...Certains l'ont fait brièvement, d'autres non...

-Mais c'était logique : c'est toi que j'aimais !

-Peut-être mais c'est très subjectif. En tout cas, tu en accroches toujours. Ou je me trompe...

-Je ne vois pas...

-Je me trompe ?

-Non.

-Oh, alors, il y a plusieurs candidats à l'élection ! Et il y aura bientôt un heureux !

Il soupira puis enchaîna :

ADDICT

-Bien passons au plus grave. Je jette ta drogue dans les toilettes quand on est ensemble.Tu penses que tu l'as déjà consommée ou n'en as pas achetée assez ! Ça veut dire que tu ne te rends même plus compte de ce que tu fais. Je ne veux plus faire ça! On est ensemble, quelque part et ça commence. On te rend visite, on te livre. Combien de fois me suis-je demandé si j'allais te retrouver vivant au matin ? D'autant que quand je séjourne chez toi en Angleterre, c'est pareil...Tu comptes trop sur moi pour te « comprendre »...

-Oui, c'est sûr, je...

-Et moi, du reste, qu'est-ce que je ferai ?

-Quoi ?

-Qu'est-ce que je ferai, moi, sans toi, George ? Tu as pensé à l'overdose ? Combien de saloperies avales-tu par jour ? Tu sais, ton corps va te lâcher ! Tu as de la chance qu'il te réponde encore aussi bien !

Il était hors de lui-même, le regard chaviré, retenant ses larmes. George aussi était alarmé.

-Tu penses que tu vas me survivre, c'est ça ?

-Oui, si tu continues comme ça, oui. D'autant que parfois, je ne te sens pas si accroché à la vie que cela...

-Et tu penses n'avoir aucune perspective ?

-George, à part celle d'être dévasté...Pour ce qui concerne la Fondation, je sais que tu feras le nécessaire mais pour le reste. Toutes ces années près de toi, à bâtir avec toi...

Cette fois, l'heure était grave.

-Tu me donnes combien de temps pour te démontrer que tout ira mieux et que nous resterons ensemble ? Nous sommes quasiment mariés. C'est toi, vraiment toi...

-Un an.

-Et si rien n'a changé...

-Je te quitte.

Cette fois, c'était un électrochoc . Ils en étaient là ! Kenny quitta la pièce, prit sa voiture et partit quelque part dans Dallas. En roulant, il pensa aux chansons de George, celles qui créaient un univers où on a envie d'avoir les yeux bleus, d'être très romantique et d'embrasser le monde entier de son amour. Un univers à la fois sensuel et magnifiquement triste. Il serra les dents et fit de vagues achats. Au retour, il trouva George allongé dans le noir dans sa chambre. Il alla s'asseoir près de lui.

-Qu'est-ce qui se passe si je te perds ?

L'Américain fit de la main un geste las.

-Kenny, tu as entendu ma question ?

-Peut-être que tu irais mieux...

-Impossible, ça...

George, les yeux baignés de larmes, pleurait.