NARRATIF ABSTRAIT

Fadi s'avéra vite attachant. Son indolence ne devait pas déparer à Beyrouth où il se rendait souvent mais elle aurait été adéquate sur le port d'Athènes où il se serait promené en jeans et chemise ouverte, faisant profiter le chaland de son irrésistible sourire. Officiellement, il travaillait dans un salon de coiffure où ses deux employeurs étaient semblaient être ses frères mais il lui arrivait de ne plus y paraître pour une longue période après y avoir été très assidu. Quelquefois, il avait un logement à lui, sinon il logeait chez l'un chez l'autre, ce qui le laissait sans état d'âme. Il lui arrivait de donner un coup de main ans un bar, un hammam ou un atelier de photo mais là aussi il en disparaissait brusquement.Ne pas avoir d'emploi fixe ne le gênait et il avouait du reste sans peine être à même de rester des semaines sans rien faire. Sa famille était aussi nombreuse que soudée. Aussi pouvait-il prendre un vol pour le Liban sur un coup de tête alors même qu'il n'avait pas le sou. Si une voiture ne marchait pas, il essayait de la réparer, si une robinet fuyait, il se mettait à l'ouvrage. Capable de payer cash un élégant manteau dans une boutique de luxe un jour, il pouvait peiner le lendemain à payer un litre de lait et empruntait. Hédoniste, il aimait être nu et adorait qu'on le regarde. Il avait dit-on posé pour des photos destinées à des magazines gay et quand George lui en parla, il ne nia pas.Il avait commencé habillé pour finir sans rien mais les photos lui plaisaient. Il aurait tourné dans un porno où il était reconnaissable. Il ne le nia pas non plus mais minimisa sa présence à l'écran. On ne le voyait que très peu, certes nu de face puis de dos et il n'était pas en action. De la figuration, en somme. De toute façon, il n'avait pas de complexe sur ces sujets. Sa morale se situait ailleurs. Ce qui était louable, c'était d'aimer les siens, de respecter un code familial et d'être loyal avec ses amis. Il n'aimait pas être impoli avec les femmes et n'aimait pas qu'on les minimise. Il adorait sa mère et chérissait ses sœurs. Il avait des neveux et nièces qu'il portait aux nues et trouvait qu'il fallait être gentil avec les chiens. Maintenant, qu'on lui demande d'aller acheter de la dope pour rendre service ne lui causait pas d'état d'âme. Ce n'était pas une mauvaise action, chacun étant responsable de ses actes. Ce n'était pas plus répréhensible que de ne pas payer ses dettes quand on était sans un rond et en ce sens arnaquer. En ce sens,il avait donc laissé derrière lui en Angleterre et ailleurs un certain nombre de créanciers et préférait en rire... Il lui était arrivé de se vendre à de vieux messieurs qui ensuite s'étaient mordus les doigts de l'avoir rencontré mais il n'éprouvait aucune compassion pour eux. Quand on veut être libidineux, mieux vaut être avisé. Si on ne l'est pas, eh bien tant pis.