Copenhaguen

George est reparti en tournée et se sent bien. A Copenhague, il fait une pause chez un danseur devenu chorégraphe qu'il a rencontré longtemps avant...

Danemark. Je suis logé dans un palace près du port. C'est une première car les autres fois, j'ai eu droit à des hôtels tout aussi luxueux mais situés dans d'autres quartiers. Erik me dit que le plus simple est que je le rejoigne dans le quartier de Vesterbro. Il y habite. Je suis donc censé passer incognito, ce qui me surprend mais il m'envoie un ami à lui qui réussit à me convoyer. Très surprenant. Bavard, mon chauffeur explique que nous allons dans l'ancien quartier chaud de Copenhague, le Vesterbro était surtout connu, dans le temps, pour ses sex-shops, ses prostituées et son trafic de drogue. Aujourd’hui, il est devenu l’emblème du Copenhague cool grâce à la réhabilitation du quartier des abattoirs à l’instar du Meatpacking District à New York. On y croise des hordes de hipsters et pas mal d'artistes. C'est assez alternatif et très animé le soir. Par contre, ce n'est pas un quartier chic. Dédale de petites rues. Plein de danois en vélo. Je me retrouve face à un immeuble de trois étages et Erik est là, au premier. Pas d'ascenseur. On grimpe. Le copain ne reste pas et salue. J'ai un concert ce soir et je suis là...Bel appartement avec des pièces en enfilade. C'est assez grand, clair et pour tout dire, scandinave. Fenêtres ouvertes car il fait chaud. Parquets, meubles en bois clair, tapis grèges, tableaux de maîtres hollandais et danois mais aussi panel de photos et des piles d'ouvrages sur la danse. Il y a un piano droit. Trois chambres dont une avec deux lits d'enfants.

-C'est l'appartement familial ?

-Non. Mathilde habite plus bas dans la rue et les enfants vont et viennent. Ce n'était pas comme ça au départ mais ça s'est instauré et c'est très bien. On vit dans deux lieux.

Je regarde les photos des siens et je le regarde lui. Il m'observe. On dirait qu'il voit à travers moi et je suis certain qu'il ne décèle pas du négatif. On prend du café et on parle. Au bout d'un moment, je ne dis plus rien et le contemple. Difficile d'être plus opposé que Fadi et lui. La rondeur orientale d'un côté et le silence plein de classe de l'autre, la faconde et la sensualité d'un côté, le contrôle de soi de l'autre même si le regard est plein de sensibilité. On va dans sa chambre. Nudité. Émotion. Il reste adroit et tendre. Sur des étagères, des affaires de danse soigneusement pliées : justaucorps, jambières et tout en bas, des chaussons. Sur d'autres, toutes sortes de livres. Jouissance forte pour lui et pour moi...Nouvelle discussion sur ma tournée, son spectacle, que je verrai et sa troupe. Sur sa femme, rien. Sur ses enfants, des photos. Difficile d'être plus beaux. Aucune explication ni justification mais la sensation qu'il est effectivement en vérité. Il m'insuffle de la force car sobre et observateur, il est plein d'amour pour la vie. Impact spirituel de ses regards sur moi. En fin de journée, il appelle un taxi et me met dedans. Personne ne me prend en chasse. Étonnant. Les jours suivants, on se promène dans son quartier et il m'emmène voir les locaux où sa troupe s'entraîne. Belle salle de spectacle, on entend du piano, des danseurs montent et descendent les escaliers.

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Je suis reconnu mais on me sourit sans m'aborder. Il me laisse un moment avec deux danseuses rougissantes puis revient. Retour chez lui. Beau corps ferme. Dans son quartier, des galeries d'art, des bars branchés, des cafés inattendus et beaucoup de gens qui marchent ou garent leurs vélos. Il me laisse, je crois, visiter le reste de la ville avec des officiels et se borne à me montrer l'endroit où il vit. Toujours rien sur son mariage mais dans son appartement, il y a des vêtements de femme dans un placard et des jouets d'enfants qui n'étaient pas là hier. Je lui demande si Mathilde est absente et il me répond que non, elle est là, à Copenhague. Les portraits d'elle montre une femme blonde aux traits fins et au regard grave. Toujours ce sentiment qu'il me donne de la force comme si j'allais en avoir vraiment besoin dans les temps à venir. Dernier soir après des concerts très réussi, son spectacle. Une sorte de rétrospective de ce qu'il a pu faire en six ans avec ses danseurs. J'y retrouve ce ballet de lui qui m'a marqué et d'autres pièces. Il danse à trois reprises. Ici, il est admiré. Son théâtre se situe dans un quartier limitrophe de Vesterbro et il est joli. Beaucoup de monde mais peu de touristes. Je suis au premier rang et je sens des regards. Aïe, journalistes...