ombre 5

A vienne, George Michael a un malaise et entre dans le comas. Le passé revient, fier et douloureux...

Tandis qu'il était dans le comas, il avait le sentiment d'être perdu dans un immense couloir aux parois carrelées de blanc. Il était seul, silhouette enveloppée de gris que croisaient de furtives créatures elles-aussi couvertes d'amples manteaux ou de capes flottantes et ne savait comment les aborder. Il ne le pouvait pas, en fait, puisque chaque fois qu'il s'approchait de l'une d'elle, elle partait en fumée. Mais dans l'état où il se trouvait, il ne parvenait pas à se persuader que toute tentative était vaine. Recommençant sans fin ses travaux d'approche, il se désespérait de n'en voir aucun aboutir. Ensuite, redevenu conscient, il fit de nombreux rêves qui, souvent, le ramenaient à l'enfance. Le plus marquant fut celui de l'escalier. Il s'efforçait de gravir le plus possible une volée de marches qui le conduisait à un pallier. Il lui semblait bien, au départ, qu'il était parvenu au dernier étage d'un édifice très élevé mais sur le palier, il ne distinguait aucune porte. Seule une trappe permettait de poursuivre son ascension. Il ne parvenait pas à l'ouvrir. Dans la confusion où il se trouvait, il butta longtemps sur l’énigme que présentait ce rêve puis il en vint à une analyse simple. L'escalier menait de la terre au ciel mais puisqu'il était encore vivant, il ne pouvait pousser la trappe qui conduisait au Royaume des morts...Son isolement était si grand, sa faiblesse si prononcée que son raisonnement se modifia.S'il s'était effondré ainsi, c'était peut-être que le temps était venu de quitter la terre...Après tout, au ciel, il serait bien accueilli. Outre le malheureux Colin qui s'était supprimé le jour même où lui, George, était né, il y retrouverait ceux que le sida ou la drogue avaient emporté et qu'il connaissait de près ou de loin mais toutes sortes d'inconnus aussi qui lui avaient écrit à un moment de sa carrière où dont la fin de vie avait été attestée par des amis qui eux aussi lui avaient envoyé des messages. Et puis, il verrait Anselmo non plus comme il était quand l'annonce de sa mort prochaine l'avait accablé mais en paix et en vérité. Plus d'images pieuses et de textes de prières, plus de recueillement et de demande de pardon mais un être apaisé qui avait retrouvé sa jeunesse et son rayonnement et à qui il pourrait sourire. Et il y avait sa mère, bien sûr sa mère ! En robe blanche, elle le verrait arriver radieux et elle l'illuminerait de son sourire. Au fond, ce n'était peut-être pas plus mal de mourir ainsi, au fait de sa gloire, dans un pays étranger au sien certes et dans un environ un peu glaçant puisqu'il irait vers eux...Il échapperait à l'humiliation que représenterait le fait d'avoir perdu sa voix si jamais il ne pouvait la recouvrer, aux commentaires fielleux de la presse à sensation qui se gargariserait de sa vie débridée et de ses fâcheuses conséquences, sans parler d'un ennui mortel...Lentement mais sûrement, il passa donc d'une attitude de défi à une acceptation bienveillante de son sort. Tout enveloppé de blanc comme il était, n'était-il pas déjà en train de mourir ? Il le crut fermement et eut une expérience intérieure qui, à son début, le conforta dans cette idée. Il eut la sensation que son corps l'abandonnait où plutôt qu'il le quittait en ne devenant qu'un souffle. Devenu très léger, il s'éleva dans un ciel pur, certain qu'il finirait par trouver son assise dans cet univers parfait où n'existait que la quiétude. Voir ses chers disparus n'était qu'une question de temps...Mais au lieu de cela, le bleu du ciel vira au blanc et il se trouva enveloppé de lumière. Je deviens un être de gloire pensa t'il et il fut incommensurablement heureux. Malgré tout, rien ne se passa comme prévu. Il ne rejoignit par ses morts. Anselmo demeura invisible et il ne vit pas sa mère. Par contre il entendit sa voix.

OMBRE 6

-Tu veux mourir, George ?

-Oui. Ainsi, je te retrouverai...

-J'aimerais tant te voir, mon chéri, mais je ne pense pas que tu mourras bientôt.

-Mais la lumière est intense, si magnifique...

-Oui, elle est ainsi quand on est en éveil, et tu l'es. Mais tu es encore très rattaché à la vie et tu vas retourner à elle...

Soudain, il distinguait son visage. Elle avait retrouvé son air serein, son sourire et elle était pleine de bienveillance...

-Mais si, regarde, tu es là...Tu es radieuse ! Et cette robe, je ne la connais pas, ni cette ceinture orange...

-Ce sera plus tard.

-Mais ma voix est partie...

-Mais...non...Tu prendras bien soin de toi, George, n'est-ce pas...

Son image commençait à disparaître …

-Non, écoute. Personne n'a été plus importante que toi. J'ai tellement erré...Et j'ai perdu des êtres que j'aimais tellement...Mère ! Maman...Non !

-La lumière blanche, tu te souviendras ! Quand on l'a vue et qu'on reste sur terre, on doit devenir plus digne, plus fort...On a vu...Moi aussi, je l'ai vue une première fois et puis, il y a eu une rémission dans ma maladie. Et la seconde...mais tu verras. Et celui que tu aimais il y a longtemps, il a fait le même chemin. Nous sommes morts mais tu dois attendre...attendre...

-Non !

-Au revoir, George...

Et elle n'était plus là.

C'était sans retour et il ne put qu'attendre de subir une trachéotomie. C'était une opération lourde mais les trois chirurgiens qui tournaient autour de lui étaient sûrs d'eux.

-C'est une intervention chirurgicale consistant à effectuer une petite ouverture au niveau de la trachée et à placer une canule, petit tube courbé. Elle est réalisée entre la pomme d'Adam et la base du cou. Nous vous avons fait attendre suffisamment pour que vous ayez la force de supporter cette opération. Courage, monsieur Michael !