NDE 3

George Michael a entamé une tournée prestigieuse, Symphonica. Frappé par la maladie, il est hospitalisé à Vienne où il connaît une expérience de mort imminente avant de guérir...

Le chanteur réussit à lui faire retarder son retour. Puisqu'il aimait les arts, il ne pourrait être déçu par Vienne ...Et Kenny fit donc de longues visites qui le laissèrent ravis. Quand l'heure venait, il allait retrouver George et tous deux bavardaient. Cette faiblesse, cette perte de poids, cette cicatrice très visible et ce regard perdu, Kenny ne pouvait s'y accoutumer. Malgré ses dépendances, George était pour lui l'image de la force, de l'inventivité et la combativité. Pas de place chez lui pour une quelconque fragilité. Il était toujours sur le pont, soucieux de sa carrière, de son public, de la nécessité de se réinventer sans cesse. Et puis, il paraissait sûr de sa prestance physique, de son intelligence magnétique et de son incommensurable talent de compositeur et d'interprète...Là, il était une ombre et cette transformation brutale faisant d'un être qui contrôlait tout en un malade qui peinait à guérir était choquante. George, quand il entrait dans une pièce, emplissait l’atmosphère de son autorité. Rares étaient ceux qui pouvaient se payer le luxe de le contredire. Se fut-il montré dans cette même pièce actuellement, on lui aurait fait comprendre qu'il gênait ou pire on l'aurait à peine remarqué...

-Kenny, après tout, tu m'avais prévenu...

-Ne me renvoie pas à nos pénibles discussions, je t'en prie.

-Mais tu as vu juste !

-Oui, en un sens. Mais je ne voyais pas les choses sous cette forme.

-Cette rupture, j'en ai été très triste...

-Moi-aussi.

-Tu ne reviens sur rien, n'est-ce pas ?

-Non.

Kenny était horriblement mal à l'aise et ce fut sans doute à cause de son embarras que le chanteur n'évoqua pas son expérience intérieure. Oui, il irait mieux, oui il suivrait de nouveau l'évolution de leur fondation, il pourrait même voyager et si tout se passait bien, reprendre sa carrière. Et cette amitié qui existait entre eux désormais, il l'entretiendrait.

Tout de même, ce qu'il avait vécu l'avait bouleversé. Il ne s'en ouvrit qu'à Crista Muller et au chirurgien dans lequel il avait le plus confiance, le docteur Christian Friedman. Et ce fut tout.

-C'était une hallucination, docteur ?

-Certains médecins vous affirmeraient que oui. Madame Muller et moi-même sommes beaucoup plus nuancés. Vous savez qu'à la surface de la terre, tous ceux qui ont fait une expérience de mort imminente, font des récits étrangement concordants ? La sortie du corps, la lumière extraordinaire, le silence, l'harmonie totale qui vous habite et le sentiment d'être dans l'Amour...Ensuite, il y a des variantes mais ce qui nous intrigue, nous, les soignants, ce sont les constantes. Les comptes-rendus se recoupent et l'attitude de ceux qui retournent à la vie est modifiée. Ils ne se comportent pas en personnes qui ont été gravement effrayées car à un moment ils étaient morts, ils regrettent l'était de quiétude dans lequel ils se sont trouvés car il n'existe rien de comparable sur terre. Ils vivent plus intensément, ressentent la beauté de la vie mais sont nostalgiques...

-Donc, vous me croyez ?

-Je suis un scientifique. Je crois sur preuves et là, je n'en ai aucune mais vous dites vrai, j'en suis convaincu.

Et à la façon dont Crista Muller lui souriait, il voyait qu'elle l'était, elle-aussi.

-Je suis impressionné par ce qui m'est arrivé mais je n'ai pas de nostalgie...

-Vous verrez bien, monsieur Michael, vous verrez bien comment tout cela évolue...

Au terme de quatre semaines, il fut assez solide pour qu'on l'autorise à prendre l'avion et à retourner chez lui à Londres. Kenny était reparti depuis un moment déjà mais ses deux sœurs étaient venues le chercher. Ils voyageraient ensemble puis Mélanie resterait à Highgate avec lui...George dit à saluer ses médecins.

-Comment pourrais-je vous remercier ?

-Nous sommes des soignants, monsieur Michael.

-Mais j'aurais pu mourir...

-Vous êtes vivant. Il vous faudra vous reposer beaucoup et j'inclus votre voix...Ne vous inquiétez pas pour votre cicatrice, elle s'estompera d'elle-même.

-Vous ne me dites pas tout...

-Si,maintenant je vous le dis. Vous risquez d'avoir peur...peur que ça recommence car vous allez vouloir reprendre votre carrière et redouterez une nouvelle hospitalisation. De plus, vous devrez travailler pour retrouver votre capacité à chanter comme vous le faisiez et vous serez inquiet...

-Vous lisez en moi, docteur Friedman.

-Ce que je vous dis est de l'ordre de la logique...Il vous faudra être prudent car votre santé demandera de l'attention...

A la demande de George, une partie de personnel de l'hôpital fut photographiée avec lui. Tous souriaient franchement mais, amaigri, les traits tirés, le sourire indécis, le chanteur ne pouvait cacher, bien qu'il portât des lunettes à épaisses montures et à verres teintés, la mélancolie douloureuse de son regard. On lui avait offert un bouquet de roses pâles, si belles qu'il en était touché. Elles étaient fragiles comme lui...

-Je reviendrai et ferai un concert gratuit pour vous tous !

-Vous devrez signer des autographes, monsieur Michael.

-Je les signerai !