OMBRE 1

Elle se sentait horriblement confuse et s'excusa. Il y a des moments où George regrettait sa suite tranquille à l'hôpital de Vienne. Il s'attachait à Fadi, refusait de s'interroger plus avant et il aimait sa sœur...Mais que de dilemmes...Il avait rapporté d'Autriche une montagne de courrier et s'appliqua à lire les messages reçus sans avoir l'énergie nécessaire pour y répondre. Il pria sa sœur de le faire à sa place car certaines lettres étaient d'une beauté irradiante et puis, il lut ses mails avec retard.

Il finit par en trouva un, laconique, d'Erik. Undskyld George.Dette er ikke slutningen af ​​spillet. Désolé, George. Ce n'est pas la fin de la partie...Franchement, il aurait pu se permettre d'être plus bavard et, pris de curiosité, il l'appela...

-Tu m'as envoyé des fleurs le jour où je me suis effondré. Tu le savais?

-J'ai pensé qu'il y avait des chances.

-Des chances de quoi?

-Que tu t'effondres.

-Ah oui? A vienne ? Mais à Copenhague, tu n'as rien dit.

-Tu n'aurais pas écouté et ça aurait été aussi bien. Je ne savais pas quelle forme ça revêtirait.

-Et sententieux avec ça !

-Je ne suis pas sententieux. Tu étais trop en tension, ça allait t'arriver, voilà tout. Quand tu étais à l'hôpital, je t'ai laissé tranquille.

-Et tu as attendu que j'appelle ?

-Mais c'est mieux ainsi, George.Tu n'es pas bien entouré?

-Si mais ce que tu ressens, je veux que tu me le dises de vive voix.

-Tu ne peux pas voyager, c'est trop tôt. Et pour ce qui est de venir, je peux le faire mais il faut attendre encore. Tu seras moins fatigué...

-Mais tu me parleras?

-Je te parlerai.

Et il vint. Dans l'intervalle, George avait revu ses amis dont le grand Andrew Ridgeley qui était venu aux nouvelles en famille puis seuls, Geri et Kate et bien d'autres. Il leur avait bien sûr promis d'être bien sage et de lacher du pied mais sa nature hyperactive ainsi que la crainte sous jascente qu'il avait de ne plus être aussi créatif l'avait, un mois et demi après son retour, poussé vers son studio d'enregistrement. Effrayé par l'état dans lequel il s'était trouvé, il avait sérieusement ralenti sa consommation d'alcool et de stupéfiant et se trouvait fier de l'avoir fait. Voilà qui devrait rassurer ses médecins viennois...Il avait annoncé un nouvel album dance et il l'avait déjà tout écrit dans sa tête, aussi ne serait-il pas très compliqué de l'en faire sortir. Son public était en attente. Aucun album complétement nouveau depuis 2004, il le savait bien et reconnaissait qu'il fallait être patient avec lui. Mais ça y est, l'inspiration était là...sauf que l'album ne naissait pas vraiment car il ne cessait d'hésiter sur le maintien de certaines chansons qui lui semblaient trop faciles et l'ajout d'autres aux textes et aux mélodies plus complexes mais qui risquaient de déconcerter. C'était un vrai casse-tête et il dut s'avouer que la naissance de son nouvel opus posait plus de problèmes que prévu, ce qui l'inquiéta beaucoup sans qu'il s'en confiât à quiconque sauf à Erik, qui se décida enfin à lui rendre visite. Son retard irrita George. Il avait pris bien sûr et depuis longtemps l'habitude d'être obéi et n'aimait pas attendre. Et il y avait cette prescience qu'avait Erik. Que lui laisserait-il entendre cette fois?

-Mi-mars ! Ça ne te dérange pas d'avoir reculé trois fois ta date d'arrivée?

-Je ne pouvais pas faire autrement. Ma troupe s'est agrandie. Il y avait des tracasseries administratives, des chorégraphies à revoir...

-Chef d'entreprise d'accord mais tu ne me dis pas tout...

-Ce n'est pas facile. De toute façon, j'arrive.

OMBRE 1

Il voulait louer une petite maison pour trois jours dans le quartier de Mayfair et la partager avec des amis danseurs mais ce serait compliqué. Au bout du compte, c'est à Goring on Thames qu'Erik se rendit. George y serait seul pour l'accueillir, ne voulant pas avoir Fadi ou Melanie dans les pattes. Quand il le vit dans les lieux, George n'eut pas le coeur à le railler comme il l'avait fait si souvent... Cet homme marié qui posait en photo avec sa femme sur quelques magazines de danse et qui avait une liaison épisodique avec lui... Récemment, l'ombrageux chorégraphe lui avait avoué des aventures masculines. Dans les courriels qu'il lui avait envoyés, il les avait évoquées. C'était des aventures de l'ombre. L'approche de la quarantaine réveillait en lui une curiosité qui demandait à être assouvie. Il s'était débrouillé pour avoir des rendez-vous avec des quadragénaires portant beau qui n'évoluaient ni dans le domaine du théâtre ni dans celui de la danse. Des hommes d'affaire de passages, anglais quelquefois. Il n'avait tout de suite eu conscience que c'était George qu'il cherchait à travers eux et qu'il y avait là quelque chose de compulsif. C'était après que le chanteur s'était effondré. Ça lui avait plu, il ne pouvait le nier et ça l'avait fait rager aussi. Mais c'était fini.

-Tu es sûr?

-Oui.

-Mais tu as aimé?

-Tu es content que je réponde oui...

-Tu n'es pas infaillible. Ça me plaît.

Erik s'était arrêté aussi brusquement qu'il avait commencé. Il suffisait de bien le regarder pour savoir que c'était vrai. De cela, George était sûr. Avec amertume, il pensa à l'émoi qui avait du s'emparer de ces hommes quand le chorégraphe qui se rhabillait avec une élégance émouvante, laissait paraître sa nature fière après d'être montré si sexuel. Mais ce n'est pas ce type d'aveux qu'il attendait de lui. Ce qu'il voulait, c'était la redite de leurs premières rencontres.

Redeviens ce garçon blond de vingt-cinq ans avec qui j'ai tant aimé faire l'amour ! Ne sois pas ainsi. Tu lis en moi et je déteste ça. Je veux t'impressionner davantage, te montrer que je vais m'en sortir. Tu comprends ? Il y avait peu de chance pourtant pour qu'ils retrouvent comme au départ...