KKK1

L’île, pleine se soleil, regorge de jeunes femmes offertes et d’hommes désirants. Pas besoin d’elle ! Qu’il les trouve ! Elle, elle veut un autre homme, une autre chambre, un autre abandon. Un torse à caresser, une bouche à embrasser, un sexe à rendre ferme. Et le tout, à multiplier.

Elle a attendu très peu de temps car les réponses sont arrivées : une, deux, dix. Trente bientôt. Il y avait de quoi être stupéfaite. Tant d’hommes pour elle. Tous libertins. Tous bienveillants. Elle pouvait les rejoindre, au sud, à l’est, au nord, à l’ouest, au sud de l’île et, dès que possible…Amusée, intriguée, elle a sondé les messages, contemplé des photos où des corps, des visages, des sourires plus ou moins beaux, plus ou moins avenants étaient déterminés à trouver ce plaisir qu’elle-même cherchait et donc à le lui offrir. Elle a comparé les prénoms, soupesé le poids des non dits, a fini par sélectionner quelques courriers qui répondaient bien à sa demande : trouver un mentor expérimenté pour la guider vers des plaisirs variés. Oui, elle avait écrit cela. Et dans cette île où les distances sont courtes, le plaisir n’attend pas.

Pourtant et bien qu’elle se soit sentie ardente et exaltée par quelques phrases et de beaux visages prometteurs, elle a peu répondu. Au fil des semaines, de nouveaux messages lui parvenant, elle a senti une gêne bizarre comme tout était lisible avant d’être arrivé, comme si, à l’entrée d’une villa où à la terrasse d’un café, il n’arriverait rien qu’elle ne sache déjà. Alors, il n’y aurait pas cette atmosphère sensuelle née de la peur et de l’excitation qu’elle avait tant aimée dans la chambre ombreuse.

Alors, au lieu d’abonder dans les sens de ces guides de plaisir lui promettant des sensations inégalées et de belles jouissances, elle s’est tournée vers d’autres invites qu’elle avait reçues et dont elle n’avait rien su que penser, les trouvant bizarres. Qui pouvait être ce Maitre J. qui voulait faire sa connaissance ? De qui était- le Maitre ? De quel savoir disposait-il ? Et était-il à même de la guider ? Julia a répondu, se présentant brièvement. Par écrans interposés, elle a parlé J. qui l’interrogeait avec sécheresse dans une langue précise et coupante, ne révélait rien de lui-même mais s’acharnait à se poser comme le mentor qu’elle avait sollicité et qui ferait son éducation. Extraire de vous les plaisirs enfouis…C’était son projet. Un beau projet ! Faisant-fi des difficultés qu’elle éprouvait à comprendre l’étonnante sévérité de son interlocuteur, elle a accepté de se livrer à lui l’estimant découvreur habile de ce qu’elle ignorait d’elle. Alors, elle a mal accepté de se taire puis de se mettre à genoux et de rester prosternée après avoir, au préalable, enlevé ses vêtements. L’homme de la chambre ombreuse n’en demandait pas tant ! Nue, elle l’enlaçait et ils commençaient leurs caresses amoureuses.

Humiliant et rageur, J. a insisté sur le silence, les postures et l’obéissance. Car c’est de cela qu’elle avait besoin. Elle avait demandé un mentor, il en était un. Elle se connaissait donc assez pour savoir qu’elle avait été libertine sans cadre, que cela n’était jamais bon et qu’une solide prise en main lui était nécessaire. Alors, nue et à genoux, elle a laissé l’homme la soumettre ou tenté de le faire car, à le lire, elle était une candidate particulièrement mal douée, ignorante de la politesse, lente dans son acceptation, disgracieuse alors qu’une soumise doit être tout le contraire…

« Soumise » ? Jusqu’alors, elle n’avait pas donné grand sens à ce mot, en tout cas, pas celui-ci…Une « soumise » se devait d’attendre, d’obéir servilement et de contenter son Maître si celui-ci estimait qu’il était temps de le faire. Quant à sa propre satisfaction sexuelle et émotionnelle, il ne pouvait en être question sans évoquer l’animalité et la chiennerie avec lesquelles elle était bien entendu partie prenante. Si toutefois, elle progressait, devenait attentive à réprimer ses pulsions charnelles qui l’avaient gouvernée, il se pourrait bien, s’il le jugeait bon et seulement en ce cas, qu’il poursuive son instruction et daigne de déplacer. Encore qu’elle devait se le tenir pour dit : il ne la toucherait pas sauf pour la punir, c’était bien d’elle de rêver à des caresses et à des pénétrations ; elle avait un imaginaire dépravée qui lui faisait confondre. Non, rien à faire avec lui. Si, par chance, elle se montrait suffisamment docile et gentille, il autoriserait des caresses buccales, sa queue devenant l’ultime récompense au terme d’un dressage non encore abouti mais au moins poursuivi avec sévérité. Pour avoir droit à lécher et à caresser, elle devrait accepter des exercices journaliers où elle se priverait sexuellement, des humiliations, des coups qu’elle se porterait elle-même avant qu’il ne lui fasse l’honneur de la corriger lui-même, car une soumise, ça se corrige, sachant que les remerciements pour la souffrance infligée ne souffre aucun retard…