JH ANCIEN

 

5.

Jeune homme en silence

 

C’est de lui qu’elle devrait parler. De lui qui est resté dans l’île tropicale quand elle tente de réorganiser sa vie en France, car il ne cesse de prendre soin d’elle. L’homme vieillissant ne sait pas qu’elle a changé d’hémisphère, le contact avec lui s’étant effiloché puis rompu. Le premier « Maître » continue loin d’elle ses pérégrinations mentales et physiques et Directif, sachant qu’elle partait, a tenté de la voir une dernière fois pour la « corriger » car une chienne comme elle mérite de l’être. Haussant les épaules, France n’a pas eu grandes difficultés à lui échapper. De toute manière, la maison où elle avait vécu était désormais vite et dans les logements temporaires où elle s’installait avec sa fille, il était difficile de venir la voir.

Il reste le jeune homme silence.

Celui qu’elle n’a pas encore évoqué. Le seul qui mérite de l’être pourtant.

Après le libertinage, les étreintes, les annonces et la recherche d’un « mentor », après les expériences cuisantes qu’elle a traversées et dont elle préfère laisser certaines dans l’oubli, Julia a connu XX. Elle veut se souvenir de son approche, des premiers dialogues, de sa méfiance et des difficultés qu’elle a ressenties quand il lui fallait répondre vite et, se souvenant d’avoir été crédule, elle préférait réfléchir. Elle sait qu’il l’a bousculée d’abord, la pensant peut-être coquette ou calculatrice mais qu’ensuite, prenant la mesure d’une fragilité qu’elle ne dissimulait pas, il est devenu patient. Les photos qu’elle devait commenter, les questionnaires qu’elle devait remplir, les apparitions et disparitions brusques qu’elle devait accepter et la politesse, qu’à son égard, il lui a enjoint d’avoir, tout cela a construit sa relation avec lui. Et, elle l’a bien compris, cette fois, il a été question d’une vraie relation alors qu’avec le militaire impérieux, les amants d’âges divers aux prénoms fabriqués, et les deux « maîtres » qu’elle avait rencontrés, elle n’en avait pas réellement eue. Tout juste l’avaient-ils regardée et utilisée.

XX. Elle essaie de le cerner, de le comprendre.

XX, elle ne sait si elle va le voir. Elle le lit d’abord, s’applique à rédiger des réponses claires, non pour qu’elles le satisfassent mais pour qu’il ne la prenne pas pour une autre. Elle dit ses erreurs, ses blessures. Elle dit qu’elle est souvent triste.

Il ironise souvent. Il questionne beaucoup.

Il prend son temps.

Comme trois mois sont passés, elle trouve logique de lui demander s’il veut la rencontrer, ce à quoi il ne dit pas non. Cependant, elle s’étonne qu’après lui avoir envoyé des photos de dressage comme elle a pu en trouver sur internet quand Maitre J. puis Directif la tourmentaient tant par leurs exigences incompréhensibles que par la violence de leurs propos, il ne soit pas virulent. Il accepte même qu’elle ne complète pas un questionnaire de soumission et allègue de l’avoir déjà fait. Certaines questions, c’est bien simple, lui soulèvent le cœur. Mais il exige la politesse, le vouvoiement et l’exactitude aux rendez-vous posés même si ceux-ci sont virtuels. Julia obéit. XX est différent, elle le sent.