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Qu’elle prenne une boisson chaude dans un café avec sa fille avant de regagner l’hôtel, ou qu’elle attende seule dans la chambre où elle s’apprête en body et bas noirs, rien ne l’amène à changer d’avis. Il est vraiment nouveau pour elle, cet homme que le hasard a mis sur sa route. Le hasard ? Julia, à ce stade du récit qu’elle construit pour elle-même, ne peut que refuser le terme, la trame, le décor et les personnages des Contes s’imposant avec force. Pas de hasard non mais une intervention habile : une fée marraine sans doute. Après tout, elle a autant adoré la sienne qui était une personne belle et douce, corps rond et féminin, sourire radieux, que celles des histoires que Perrault et Grimm, ou encore Madame d’Aulnoy lui ont proposées. Alors, autant accepter la nouvelle venue : cette inattendue créature magique qui la place, elle, l’enseignante à la jeunesse lointaine, dans cette chambre parisienne où elle se prépare à retrouver l’homme qui ce matin l’a caressée. Et autant lui faire confiance puisque les fées savent ce qu’elles font.

Au soir, quand A. revient, elle est docile. D’abord assise sur le lit, les jambes relevées, le regard baissé, elle écoute l’homme lui parler. Puis, comme il lui caresse les chevilles et les cuisses, elle écarte naturellement ses jambes pour qu’il la caresse dans son intimité. Il flatte doucement sa peau, à travers la dentelle d’abord puis en la contournant. Ses doigts habiles écartent les chairs, palpent et excitent la douce corolle qui suinte en se livrant : les grandes lèvres se gonflent, l’excroissance de chair qui attend le plaisir se laisse plus facilement solliciter, le conduit qui attend la pénétration se dilate déjà. A. insiste et Julia gémit. Les fées sont contentes. Elles le restent quand il dénude ses seins pour les travailler, soucieux de voir les pointes s’ériger. Il effleure, caresse plus ou moins fortement, pince sans insister puis revient aux pointes. Les doigts, la bouche, la langue. Le plaisir qu’il avait fait naître dans ce qu’elle a de plus intime se propage maintenant dans sa gorge. Elle se laisse aller et, quand vient le temps de la promenade, confiante et amoureuse, elle ne lutte pas. Il la déshabille sans qu’elle s’oppose et sort du petit sac qu’elle a apporté, les objets dont il a besoin. Elle n’a rien à objecter et confiante se tait, tendant son cou, les seins renflés. Il la satisfait. Le collier de chienne qu’il ajuste est une parure et non une entrave ; de ce fait, il est logique que la laisse ne soit pas humiliante. Tout naturellement, elle l’accepte. La position à quatre pattes suit puisqu’elle est logique et évidente. Quant à la promenade, Julia, la trouve courte, les dimensions de la chambre ne donnant que peu de latitude, mais elle s’applique à avancer régulièrement, à s’arrêter sur ordre, à se retourner et, le faisant, elle goûte le plaisir qu’il y a à être obéissante, plaisir physique d’abord – elle se cambre et ses orifices naturels se dilatent- que cérébral – elle est cette chienne qui marche au rythme du dominant, se voit le faisant et s’accepte comme telle. Quand il l’arrête et lui demande de se remettre debout, elle obéit. Qu’il lui enlève vite collier et laisse la surprend mais elle n’en dit rien, s’en remettant à lui, confiante et silencieuse. Lui, tendu, annonce qu’il veut l’encorder. Se tournant vers les fées marraines, France guette leur approbation. Celle-ci arrive vite. Elle en reste surprise mais acquiesce.

Debout, nue, lui faisant face, elle le laisse, cordes en main, chercher quelles entraves il mettra en place, regardant tour à tour les seins, la taille, les bras, les jambes, le sexe de la femme qu’il cherche à honorer en l’immobilisant. Car son propos est tel, pas négatif ni dégradant, suffisamment humiliant pour la tenir à l’écoute et assez libérateur pour qu’elle garde en tête l’idée d’un plaisir partagé. France aime les paradoxes. Se libérer en étant attachée en est un. Elle l’accepte. Sans doute, là-haut, une fée marraine est-elle ravie.

Il pose les cordes sur sa peau. Il travaille. De son labeur, il fera des photos où elle se verra, les seins encordés, plus ronds et dressés qu’à l’habitude, le ventre et le sexe soulignés par des entremêlements et des croisements de ces cordes que l’alpiniste qu’il est a peut-être utilisées pour d’autres usages. En attendant, il déploie sur elle un réseau de fils torsadés qui se croisent, sont parallèles parfois, se rejoignent puis s’écartent, se nouent ; les dessins sont esthétiques, elle le devine et le contact, si dérangeant qu’il soit, est excitant. Du reste, elle frémit quand ses seins se renflent sous l’effet du resserrement des nœuds, quand son entrejambe est lui-même sollicité, les cordes isolant son sexe et le redessinant comme s’il existait davantage ainsi, plus nu, plus vulnérable, ses mains et ses bras plaqués à son torse par des enserrements. Elle est sur la brèche, tendue et heureuse et, lui, elle le devine à son regard, s’interroge sur les manœuvres justes ou erronées qu’il a pu tenter. Elle sent ses doigts par intermittence, qui l’effleure volontairement ou non, pour desserrer ou resserrer un lien, écarter deux cordes pour former un motif plus joli aux creux des reins ou sur le ventre ou encore pour changer radicalement le passage de deux cordes qui ne se croiseront plus au même endroit. Enfin, il s’écarte d’elle, comme un couturier qui, les retouches faites sur la nouvelle robe créée, estime que son goût de la perfection est satisfait. Elle demeure immobile, surprise d’être entravée, en attente d’une satisfaction sexuelle vive, qu’elle ne rencontre pas. Soit parce qu’elle s’est montrée très craintive la veille, soit parce qu’elle est encore trop peu habituée à cette pratique, il s’abstient de la toucher et lui parle pour lui dire qu’elle est belle. Julia sent bien que cette immobilisation débouche théoriquement sur des attouchements prolongés qui préludent à la fellation et à la pénétration. Elle n’est pas si néophyte. Le site qu’elle fréquente lui a apporté tant des images que des témoignages et elle sait ce qui découle d’une telle captivité. Pourtant, elle ne dit rien. Ses seins encordés durcissent et attendent en vain la main de l’homme qui palpe la chair renflée et tire sur les tétons. Son ventre sollicite sans succès la caresse et sa chatte toute humide d’être ainsi parée attend l’intromission d’un doigt ou deux dans sa partie la plus propice à l’enfoncement. A., elle le voit, est excité mais au lieu de tirer d’elle une satisfaction sexuelle dont elle bénéficierait aussi, il se met à la prendre en photo. C’est une captation autre, non moins prenante mais à court terme, moins satisfaisante. Du reste, quand il lui montre ce qu’il a capté d’elle, elle est déçue. Les entrelacements sont beaux sur un corps disgracieux. Elle le lui dit et le voit froncer les sourcils. Il ne voit en elle rien de laid et affirme qu’elle répond à ses désirs. De beaux seins lourds un peu tombants, une taille marquée, des cuisses un peu fortes mais harmonieuses, des fesses radieuses. Julia, se contemplant encore en photo, ne peut donner raison à l‘homme Elle hoche la tête. Ne voit-il pas un corps que défont l’âge et les mauvaises habitudes alimentaires ? Tout est pourtant très net. Mais comme elle insiste, il objecte encore qu’elle se trompe. Ainsi les formes alourdies qu’enserrent les cordes entremêlées se transforment-elles sous le regard du dominant qui s’en empare. Le ventre saillant devient renflé, les hanches trop larges sont harmonieuses, la poitrine volumineuse est qualifiée de « merveilleuse » et les jambes qui ont cessé d’être fines deviennent « belles ». A qui Julia doit-elle cela ? Aux fées marraines sans doute. Il suffit d’évoquer leur inventivité fine, parfois perverse, jamais appuyée. A elles, elle doit aussi l’appréciation qu’il fait de son visage, le trouvant joli et attirant, qualificatifs qu’elle ne s’attendait pas à recevoir d’un homme plus jeune qu’elle et dont elle dépend puisqu’attachée.

La chambre, les fées, les jeunes femmes qui peuplent les cadres des murs, la lumière d’hiver, les cordes, le jeu.

Et eux.

Bientôt, lui souriant, il défait le travail accompli, la laissant plus nue qu’avant. Ils s’embrassent et s’étreignent.

Ils dînent dehors comme la veille, l’adolescente rieuse avec eux.

Puis, ils se retrouvent nus, l’un contre l’autre.

Elle doit dormir et s’éveiller, guettant les yeux bleus. Il doit la caresser, s’assoupir et revenir à elle. Ce qu’elle sait avec assurance, c’est qu’elle l’aime.

Et dans le regard clair qu’il pose sur elle, elle lit avec un mélange enfantin de crainte et de joie, le même sentiment sûr et fort. Et dans la joie qu’elle a, elle ne s’interroge pas, pas encore, sur le collier, la laisse et les cordes.

Apaisée, elle vit dans cette certitude qu’un lien est fait, au-delà d’eux.

A la nuit, succède une aube nouvelle où ils sont tendres.

Les fées sourient.